Il a 25 ans, il est SDF.
Il avait un travail, il l’a perdu. Il avait une amie, elle l’a quitté, leur logement commun, il a dû l’abandonner. Désormais à la rue, il fait la manche pour s’offrir une chambre à l’Armée du Salut. Parce que dans un mois, il aura un emploi.
Il ne touche pas d’allocation de chômage parce qu’il est Français. Et en France, il n’a droit à rien parce qu’il a travaillé en Suisse. Ses parents? Ne semblent pas disposés à le soutenir. Telles sont les réponses qu’il a apportées à mes questions tout en voulant me rendre partie de ce que j’avais glissé dans sa main. Il était gêné de recevoir de quoi passer plus d’une nuit à l’Armée du Salut.
J’ai compris mais il faisait froid, ce soir-là, c’était dimanche, en ville et il y avait peu de monde dehors. De quoi y rester la nuit…
Avant de le quitter et après lui avoir suggéré différentes manières de subvenir à ses besoins peut-être de façon moins humiliante, je lui ai demandé s’il était allé aux Bastions, voir les « Indignés ».
Il m’a regardée, a réservé sa réponse et a souri.
L’expression de son visage était douce et son regard bienveillant. Il s’y était rendu, oui. Mais on lui avait répondu qu’on ne pouvait rien pour lui. Et puis, on a aussi ajouté qu’un ordinateur portable avait été volé. Dans le campement. Oui.
Alors il a compris.
Avaries
Corps dévastés
Le cinéma s’est emparé de l’histoire de Philippe Pozzo di Borgo, il le devrait aussi de celle de Dominique Strauss-Kahn. Mis à part tout ce qui se lit et se dit sur les deux hommes, tous deux partagent le mal qui dévaste le corps. Par le besoin de fuite de l’un et l’accident qui a suivi, par la maladie inavouée de l’autre et la sanction qui l’a frappée. Leur vie à chacun, même sublimée pour l’un et encore en mêlée pour l’autre, reste à porter et supporter.
Lire que l’affaire DSK ne préoccupe que « des curieux dont la culture est au niveau du caniveau », oblige à réagir. Limiter le regard sur l’être humain à des considérations sélectives pour évaluer sa souffrance n’est pas un signe de santé pour une société. Ce que traverse Dominique Strauss-Kahn et son couple comme épreuve est loin d’être anodin. L’étalage d’un mal en public n’est pas un cadeau mais une stigmatisation de piètre acabit.
Le maladie qui affecte DSK est commune. Mais le fait que cet homme soit une personnalité, le rend abject par les éclairages intempestifs des projecteurs qui le pilonnent. Dans ce sens, il incombe à toute personne que les dimensions de l’être humain n’effraient pas, de pointer l’ampleur des dégâts qui entourent le traitement d’un mal que l’on porte en soi. En prendre conscience est douloureux, le voir livré en pâture parce qu’on est célèbre, encore plus.
Un mal, un destin
Il est des destins qu’un mal-être détruit ou exalte. Banal. Et pourtant à vivre. Quand tout s’offre, gloire, réussite et éclat et que le mal sévit à l’intérieur de soi, rien ne s’y oppose. Pauvre, riche, digne ou indigne, il frappe à l’aveugle. Alors, se battre pour des conditions existentielles meilleures, bien sûr qu’il le faut. Mais oublier que la lutte contre soi est la plus risquée à mener, cela jamais. Car le mal de l’être n’intéresse personne. Pis, ne résiste le plus souvent à personne.
Un autre
Las de lui-même, il était devenu autre. Retiré dans le rêve, il a été démasqué. Pendu à l’espoir, sans discernement. Et sans vie.
Il était sans âge et portait un vêtement usé, peut-être imperméable. Les propos sur sa condition, il les entendait. Mais son esprit était ailleurs. Quelque part entre ce ciel qui ne lui indiquait rien et cette terre qui le portait encore. Son attitude venait de dépasser l’indignation et toute quête de salut.
De ces jeunes à Genève, qui errent à mendier, aucun d’eux n’est roumain. Ces deux ados du Pont des Bergues, déchirants, se déchiraient. A tendre la main ou non, ils poursuivront leur route, leur misère en partage. Au sein d’une société, à quoi ressemble un tel avenir?
Jacques Bouveresse
Mère Grand, impossible de vous répondre sur le dernier post Vivre de mon blog VOIX. Bug ou pas, depuis longtemps déjà, j’avais dû me résoudre, pour chaque commentaire que j’écrivais, à recopier un code de sécurité. Maintenant, cerise sur le gâteau, je reçois ce message-ci: Recopiez le code de sécurité. Autant dire que si l’on souhaite réagir immédiatement aux commentaires déposés sur son blog, il faut être un génie de l’informatique pour recopier cette petite icône bien connue mais qui ne dit pas ce qu’elle cache. Je vous remercie donc de votre contribution, Mère Grand et pour les personnes intéressées par votre référence, voici le lien de la conférence donnée par Jacques Bouveresse à l’Université de Genève le 17 juin 1998:
http://un2sg4.unige.ch/athena/bouveresse/bou_pens.html PS Autre fait étrange, cette page ne s’ouvre pas ici. Dans ce cas, voici le lien général où on peut la trouver et la lire: http://www.google.ch/search?hl=fr&rlz=1C1SKPC_enCH327&q= »qu%27appellent-ils+penser »&oq= »qu%27appellent-ils+penser »&aq=f&aqi=&aql=&gs_sm=s&gs_upl=0l0
Rodnoj
Saisi par tant d’images
éparpillées, remodelées,
où suis-tu cet avenir
dessiné, encombré,
ouvert sur plus aucun visage?
Une zone après l’autre,
dense et frêle,
le fouler, le traverser,
à l’ombre
de plus aucun mirage?
Seul
La rue est vide
Son coeur?
Il ne le sait plus.
Que la Terre tourne!
Demain?
Il l’aura oubliée.
