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Tristesse

À vous qui suivez ce blog, je tiens à vous exprimer toute ma reconnaissance et vous dire que le silence que j’observe depuis plus d’un mois maintenant, tient à plusieurs raisons.

D’abord, une grande fatigue due autant à quelques épreuves de santé qu’à l’actualité et à ce qu’on en découvre restitué dans les médias dits mainstream.

Il existe, bien sûr, une variété de sites qui informent autrement. Et souvent, ici, je me suis référée à certains d’entre eux ou ai-je donné la parole à diverses personnalités d’avis divergents au regard de ce qui s’énonce dans nos médias « de référence ».

La situation en Ukraine, cependant, est devenue telle que l’aborder de manière autre que celle qui doit dominer est impossible. Il suffit de regarder cette séquence de LCI pour le réaliser.

On a deux personnes, une femme et un homme, qui tentent de donner un point de vue nuancé sur ce qui se passe, toutes deux sont aussi vite interrompues ou ramenées au silence par la caricature outrancière de leurs propos.

Comment voulez-vous parler d’une actualité qui nous concerne tous tandis que seul un point de vue doit dominer tout autre qui oserait le remettre a minima en cause?

On en arrive alors à l’irréductible. Ce qui a été déclaré à BFMTV par Piotr Tolstoï et dont je n’ai eu de cesse, ici, de prévenir. Mais qui suis-je pour que mon point de vue ait le moindre sens sinon celui qui lui a très vite été attribué?

Inutile d’y revenir, vous le connaissez.

Pour avoir tant de fois déploré ici le refus de dialogue, le piétinement de la diplomatie, j’aurai prévenu. En vain, bien sûr. Parce que face à l’obstination avec laquelle oeuvre la très mauvaise foi, ne reste que le repli et l’attente de temps meilleurs.

Mais ils semblent de plus en plus s’éloigner et confirmer la désolation sur laquelle, en avril dernier, je tentais encore d’attirer l’attention.

 

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Notre « monde »

Notre « monde » n’est pas « devenu fou », comme cela peut s’énoncer ici ou là. 

Ce qui a changé par rapport aux temps passés sinon lointains dont nous avons le souvenir pour les avoir vécus ou en avoir été enseignés, est que, par les médias et les réseaux, nous sommes exposés à un flux continu d’informations.

Estimer que nous avons prise sur elles tandis que nous sont ouverts des espaces pour les commenter?

Il est délicat de se prononcer sur ce que valent autant de nos possibles interventions. Peut-être de se persuader que nous serions dans des pays où s’exprime la « liberté d’opinion », alors qu’on la sait conçue à géométrie très variable.

Entretenir l’illusion du contraire relève du postulat.

Manière d’appliquer une recette sans s’attarder sur le dosage des ingrédients. Or l’être humain qui ne s’est pas encore transformé en robot réagit. Doté de de sens et de raison, il questionne.

Le monde, ce monde, pas « devenu fou » mais perçu tel.

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Objectivité de Francetvinfo

La guerre vécue par ses innocentes victimes ne ressemble pas souvent à celle défendue par les militants défenseurs d’un camp ou d’un autre.

La guerre rapportée par les journalistes diffère, elle aussi, par ses versions pour autant qu’elles nous soient accessibles et non censurées.

Soulignons l’objectivité dont témoigne cet article de Francetvinfo qui évoque le sort des habitants de Lyman qui ne se réjouissent pas du tout d’avoir été « libérés » par l’armée ukrainienne.

L’intitulé à lui seul démontre combien la situation dans cette ville de l’est du pays est loin d’être à la joie d’avoir été arrachée à  « l’ennemi », sous entendu, russe.

« L’Ukraine nous a écrasés sous les bombes », déclare une habitante.

L’objectivité de ce point de vue fait défaut dans le plus grand nombre de médias dits mainstream. Une objectivité qui serait tellement plus constructive que la vision binaire sans cesse rendue de ce sinistre champ de bataille qu’est le Donbass depuis 8 ans déjà!

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Désolation

Mais que de désolation dans cette actualité!

Bien sûr, « la nature humaine… » et sa suite de poncifs à l’appui peut toujours être évoquée! Si se contenter de ce constat suffit à l’esprit philosophe, qui satisfait-il? Les cyniques et encore.

Les autres, armés de ce qui leur paraît revêtir du sens, continuent de se battre.

Que leur lutte soit aléatoire ou pas, elle leur paraît devoir être menée. Mais persévérer face au mal absolu, c’est se confronter au Titan. Vaincre ou mourir demeure la seule alternative. Or dans les deux cas se profile la mort.

Car en pareil contexte, le parole du sage est étouffée.

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8 octobre 2010 – 8 octobre 2022

Le 8 octobre 2010, j’ouvrais ce blog sur la plateforme de la Tribune de Genève. J’y partageais de brefs textes sous pseudo, c’est peu à peu que j’ai commenté l’actualité sous mon identité.

Près de 2’000 sujets suivis de 25’000 commentaires publiés plus tard, le blog a été menacé d’abord, fermé ensuite. Histoire passée qui s’est déroulée entre décembre 2019 et février 2020, l’aventure se poursuit ici depuis lors.

Tenir un blog est un plaisir tant que l’échange est partagé.

Or quand surgissent de zélés internautes qui n’ont de cesse de déformer ce qui est énoncé, l’énergie dépensée à réagir mobilise l’attention et détourne du but initial qui est de soumettre un point de vue et d’en discuter.

Si l’échange est court-circuité par l’accusation, il précipite le procès d’intention.

Et sont gommées relativité de points de vue et relativité de sensibilités dont la confrontation devait, au contraire, ouvrir de nouvelles perspectives et dégager de nouveaux horizons.

Parce qu’être animé de convictions et les défendre n’équivaut pas à marteler des certitudes!

Et j’avais cru comprendre que la démocratie permettait l’expression de différences et de divergences. Or il semble bien que la déclaration de principes suffise. Et qu’ainsi drapé d’intentions, on s’y réfère pour exclure.

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En ce 6 octobre 2022

Tout à l’heure, en fin d’après-midi de ce 6 octobre à la Librairie Jullien, la plus ancienne de Genève, les trois artistes qui ont accompagné la soixantaine de textes poétiques qui composent le recueil que nous présenterons ensemble évoqueront leur manière d’avoir travaillé.

Je tiens à exprimer ma profonde reconnaissance à Florence LAMB, Sylvie BLEECKX et Andrés MOYA, d’avoir sublimé de leurs créations, un univers dont le talent d’Olivier JUNOD, le concepteur de l’ouvrage, a augmenté la dimension esthétique.

De quoi parlent ces textes, m’a-t-il été demandé. De rien d’autre que ce qui traverse et tisse depuis des siècles littérature, poésie, cinéma, peinture, photo, sculpture, musique, philosophie et autant d’autres approches de l’être, de ses passions, de ses désirs, de ses humeurs.

Les combats intimes qui nous mobilisent, les aspirations qui nous unissent, les déceptions qui nous déchirent, les passions qui nous hantent, nous paralysent ou nous exaltent, c’est la langue qui m’a été offerte pour en restituer les échos. Et dans la modulation de leurs ondes oeuvre ma joie.

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Ecrire, un pur bonheur

Du plus loin que je me souvienne, j’ai aimé les lettres. Et les chiffres aussi, en moindre mesure toutefois, ce qui n’a pas empêché mon instituteur de l’époque de vouloir m’orienter vers la filière scientifique plutôt que littéraire.

J’avais, en effet réalisé le meilleur résultat, au niveau cantonal, d’un test de calcul oral.

Mais cela n’avait rien à voir avec les mathématiques! Il s’agissait sans doute et plutôt de vélocité mentale. J’ai donc étudié latin et grec et connu, de fait, la dernière année non mixte du Collège Calvin de Genève.

Car jusqu’en 1969, le Collège n’accueillait les filles qu’en section classique.

Je me suis ensuite inscrite à la Faculté des Lettres de l’Université de Genève pour, avant tout, y étudier le russe. L’apprentissage de la langue se réalisait de manière intensive en une année, après quoi, étaient abordées la littérature, l’Histoire et l’histoire de la langue.

En 1978, alors que je rentrais de Leningrad où j’avais rencontré l’un des plus célèbres traducteurs de Baudelaire dans le cadre du travail que je préparais, consacré à l’influence du poète sur le symbolisme russe, j’ai opté pour la linguistique générale.

Sans jamais regretter ce choix, il a malgré tout constitué un crève-coeur.

Raison pour laquelle, vingt ans plus tard, j’ai renoué avec le russe en vue d’un travail en épistémologie et linguistique russes. Le Professeur avec lequel j’étais en relation a voulu lire mon premier recueil de nouvelles, « Nouvelles de Personne ».

Ce recueil lui a plu, il l’a prêté à sa collaboratrice, tout juste arrivée de Moscou.

Elle l’a « adoré » selon ses propres termes et a tout de suite proposé de le traduire en russe. À la demande d’un éditeur avec lequel elle était en contact, elle a soumis une ou deux nouvelles en russe, le projet d’édition bilingue a été retenu.

C’est ainsi qu’en 2005, après trente ans d’absence, j’ai retrouvé la Russie pour présenter ce livre.

Ensuite, j’y suis retournée au fil des cinq recueils de nouvelles qui y ont été traduits et publiés en édition bilingue. Et c’est avec le soutien conjoint de Pro Helvetia et du Département des Affaires Etrangères de la Suisse que j’ai honoré les diverses invitations qui m’ont été adressées de présenter ces ouvrages.

En 2010, j’ai ouvert un blog sur le site de la Tribune de Genève.

On m’a invitée à y parler de la Russie, j’ai refusé, je ne connaissais pas assez le pays que je retrouvais 30 ans après que j’y avais séjourné comme étudiante. C’est en 2012 que j’ai commencé à traiter d’actualités russes. Pas pour prendre parti, pour partager ce que j’avais reçu et appris de ce pays.

La suite, vous la connaissez, le blog a été fermé grâce à l’activisme d’aimables internautes.

Vous savez aussi comment j’ai réussi, par un admirable tour de passe-passe, à être associée au Kremlin et à sa politique. Alors que « ma Russie » est celle de Dostoïevski, celle de Tchekhov, celle de Harms, écrivains auxquels j’ai été associée par tel ou telle critique littéraire

Cette manière de confondre approche littéraire et militantisme est dans l’air du temps, on le sait.

Je ne renonce pas à y réagir, encouragée par ces mots reçus d’une amie qui ne partage pas du tout ce que j’énonce sur la Russie. Mais qui, face aux critiques formulées à mon encontre, m’a confié avoir pris ma défense. Et d’ajouter, « J’ai dit que je t’admirais en tant qu’écrivaine et qu’on pouvait parler de bien d’autres sujets que la politique avec toi. »

Or ce blog a été perçu comme « politique » tandis qu’il résulte d’observations.

S’adonner à une critique, en l’occurrence, de discours médiatiques relatifs à la Russie n’équivaut pas à louer son Président et à le soutenir, mieux encore, à m’en rendre l’amie! Mais qui se donne la peine de ne pas mélanger a-priori, partis pris pour, en définitive, juger?

J’aime échanger avec des personnes d’avis opposé au mien.

Mais lorsque la sentence hâtive s’en mêle, on n’est plus dans le débat d’idées. On est dans l’exécution, l’Histoire et l’actualité nous en fournissent de nombreux exemples. Raison pour laquelle, je l’ai écrit ici le 24  mars dernier, ma véritable patrie, c’est la littérature.

Je maintiens et renvoie aux précisions apportées dix jours plus tard.

J’aime les lettres, j’aime les langues, j’aime la langue. La travailler, non pour haranguer des foules, non pour vendre un produit, non pour brandir un slogan mais pour restituer un instant, une humeur, une saveur, une sensation, s’impose et constitue un pur bonheur.

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Le mystère des sympathies

Je la connaissais peu, je l’aimais bien. Une femme discrète, d’origine géorgienne, rencontrée à Genève il y a près de 15 ans.

Le 9 juin dernier, sur un réseau social bien connu, je lui adressais mes voeux d’anniversaire, joyeux bien sûr et entouré des siens, elle était retournée dans son pays.

Le 4 août, je l’ai appris hier, un cancer pernicieux l’a vaincue. On n’a jamais l’âge de mourir, on le sait, c’est toujours trop tôt.

Medea, nous nous sommes peu rencontrées durant tes années passées à Genève mais il est des êtres dont le souvenir marque. Pourquoi, comment, à quoi bon questionner le mystère des sympathies?

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Détester la Russie, une priorité en Occident

Mais qui peut demeurer insensible à ce qui se passe en Ukraine, personne. Au point que des camps se forment entre Occidentaux. La rencontre brutale vécue hier n’est pas la première du genre à laquelle j’ai dû faire face. 

Toute position nuancée est devenue intenable. Toute tentative de montrer la complexité de la situation est réduite à néant. Tout désir de dialogue autre qu’assassin est voué à l’échec.

On me sait aimer la Russie, on m’attribue de facto comme « ami », son Président. On me sait rejeter le diabolisation d’un pays, on me provoque, on nargue, on rejette. Et cela ne date pas d’hier!

Déjà du temps de l’URSS et de mes études de russe, on s’interrogeait. Mais comment pouvais-je aimer un pays pareil? Pour sa culture, pour sa langue et pour son Histoire. On est loin de la politique, là mais non, il faut sans cesse y ramener.

Jusqu’à m’attribuer des liens avec le Kremlin. Jusqu’à même s’interroger sur les faveurs que j’aurais reçues pour que mon oeuvre littéraire soit traduite en russe et publiée à Moscou.

On en est là, oui.

Sauf pour qui fait la part des choses. Et j’en connais que je ne remercierai jamais assez. Parce que l’échange est resté possible. Parce que le discernement les habite plutôt que la détestation. Parce que la radicalité n’a pas leur préférence.

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Rencontre brutale

Je rencontre un couple d’amis auxquels j’ai adressé l’invitation à la présentation de « SILLONS », recueil de textes poétiques que j’ai écrits et qu’ont accompagnés de leurs oeuvres trois artistes, Sylvie Bleeckx, Florence Lamb et Andrés Moya.

C’est à peine si l’on en parle que déjà lui me lance quelque chose du genre « Alors, ton ami Poutine… ». Je ne réagis pas, la provocation est flagrante, j’y suis habituée et j’ai la tête ailleurs, en particulier à ce livre.

Mais Ukraine et Russie reviennent dans la discussion, mon interlocuteur m’apprend que deux projets culturels auxquels il participait ont dû être mis en attente de temps meilleurs. J’entre alors dans le sujet mais me heurte d’emblée à un mur.

Au nom de « la liberté », bafouée par la Russie, il me refuse le dialogue.

Au nom de « la liberté », il ne veut strictement rien savoir ni entendre de ce que je pourrais lui dire. J’insiste, il hausse le ton. Je ne désarme pas, je comprends que son principe de « liberté » est à sens très unique.

Après un échange musclé, je parviens à lui conseiller de visionner cet extrait de discours de Georges Friedman déjà plusieurs fois partagé ici. Car il se moque, personne n’en veut à la Russie, ni ne la menace.

Je lui résume en quelques mots les propos de Georges Friedman, je vois ses yeux s’écarquiller et les traits de son visage se contracter. Pris en défaut, pour se défendre il lance « c’est de la géopolitique! »

Et oui et alors?  Alors, il décide que ça suffit, qu’il ne veut plus m’entendre.

Au nom de « la liberté » qu’il estime piétinée par la Russie, il est parti. Nous étions amis, nous aurions pu nous quitter par un « au revoir »! Rien de cela. Il a préféré l’affront, brutal.

Ce radicalisme n’est pas anecdotique. Il est grave. Par sa négation d’autrui.