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Quand un passé kagébiste n’est pas bon à rappeler

On ne rêve même pas quand on lit cet article, non. Il vaut la peine de découvrir le lyrisme de BHL, sa ferveur à défendre tant de personnalités!

Parmi elles, la journaliste biélorusse, lauréate du Prix Nobel de littérature en 2015, journaliste dont, curieusement, on rappelle bien moins souvent le passé que celui de tant d’autres.

Journaliste qui, en son temps, dressait les louanges du fondateur de la Tcheka, ancêtre du KGB et de l’actuel FSB dont on se plaît toujours à rappeler que Vladimir Poutine en était.

Et pourquoi ne pas procéder de même avec celle qui promettait de venir avec son fils honorer sur sa tombe, la mémoire de Félix DZERZHINSKI comme indiqué ici?

Cet homme qu’elle porte en telle estime, préoccupé de traquer les « ennemis du peuple » semble davantage mu par une volonté d’extermination que de salut pour toute personne qui n’entrerait pas dans les rangs dictés par les Soviets.

Certes, à cette époque, l’actuelle Nobel de littérature était peut-être obligée d’admirer les héros de la Révolution? Ou alors, ne souhaitait pas mettre en péril les avantages reçus par son appartenance à l’Union des Ecrivains?

Quoi qu’il en soit, ce passé soviétique lui a tout de même profité, ne serait-ce que pour ses activités de journaliste. Qu’elle soit devenue, désormais, une référence quasi incontournable de l’Occident la protège de tout regard trop indiscret…

Quant à la formule désormais consacrée d’« opposant no 1 » pour identifier Alexeï NVALANY, c’est à force d’être inlassablement répétée qu’on espère -et qu’on risque bien de- la faire entrer une fois pour toutes dans les cerveaux.

Ainsi va notre monde et son philosophe en chemise blanche qui l’arpente et discourt sur sa partie « libre », celle d’un Occident tellement défenseur de droits que la répression lui serait inconnue ou peu s’en faut.

A la bonne heure!

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Jacques BAUD réagit à la critique de son livre par Pascal BONIFACE

-Jacques Baud, après avoir suivi la vidéo que Pascal BONIFACE a postée sur Youtube et qui est consacrée à son appréciation de votre livre « Gouverner par les FAKE NEWS », j’ai souhaité avoir votre réaction. Vous avec bien voulu accepter d’en faire part et je vous en remercie.

Jacques BAUD: -En fait, je doute un peu de sa sincérité lorsqu’il affirme avoir lu l’ouvrage. Il n’y a pas un point de juste dans sa critique : il ajoute des éléments qui n’y sont pas, conteste les aveux de l’ex-directeur de la CIA, m’attribue des intentions que je n’ai pas, et n’a manifestement pas compris la finalité de l’ouvrage – pourtant décrite en toutes lettres –, pour finalement le trouver « trop systématique » !

Or, c’est précisément le manque de systématique dans notre manière de traiter l’information, que je critique dans cet ouvrage. En reprenant point par point :

  • Il affirme que la thèse de mon ouvrage est que « les gouvernements occidentaux font des fausses informations pour justifier leurs interventions ». C’est faux ! En fait, la thèse du livre est écrite en toutes lettres dans l’introduction et postule que les décisions occidentales sont le plus souvent basées sur des informations partielles, partiales, souvent erronées et très souvent invérifiées. D’ailleurs l’exemple qu’il donne de la guerre en Irak ne se trouve pas dans mon livre, car ce n’est pas le propos. Je n’affirme pas que les gouvernements créent de vrais mensonges, mais qu’ils utilisent de fausses vérités.
  • Il conteste l’affirmation selon laquelle les Soviétiques sont entrés en Afghanistan à cause de l’action des Etats-Unis. Mais comme je l’écris dans le livre, cette affirmation ne vient pas de moi, mais de l’ancien directeur de la CIA Robert Gates, qui l’écrit dans ses mémoires. En fait, les Soviétiques ne voulaient pas intervenir en Afghanistan et avaient résisté aux demandes répétées du gouvernement afghan de l’aider à stabiliser la situation. La décision américaine déstabiliser le gouvernement afghan dès le début 1979, en soutenant clandestinement la rébellion islamiste (Moudjahidin) a eu pour conséquence de stimuler un terrorisme qui commençait à déborder dans les républiques du sud de l’URSS. Je me rappelle d’ailleurs que nous avions de très nombreux messages – alors SECRET – qui faisaient état d’un terrorisme islamiste, dans les districts militaires du Nord Caucase et du Turkestan. C’est probablement ce qui a incité les Soviétiques à finalement intervenir. Il s’agissait bien sûr de soutenir le régime en place (bien qu’ils aient éliminé le président Amin) mais aussi (et peut être, surtout) de protéger leur frontière Sud. Ce qui explique que parmi les premières troupes terrestres engagées en Afghanistan on trouvait les troupes de gardes-frontières du KGB. L’affirmation de Robert Gates sera plus tard confirmée par les déclaration de l’ancien conseiller à la Sécurité Nationale Zbigniew Brezinski.
  • Quant au Liban, il conteste mes doutes sur le lien automatique que l’on fait aujourd’hui entre le Hezbollah et les attentats de Beyrouth contre les contingents français et américains, en octobre 1983. Pourtant, alors membre des « services », je me rappelle très bien que personne n’était en mesure de dire qui avait perpétré ou commandité les attentats. On a tenté d’expliquer par la suite qu’il s’agissait d’une vengeance de l’Iran pour le soutien apporté par la France et les Etats-Unis à l’Irak dans le Golfe. Mais en fait, on n’en sait rien et cela n’est qu’une hypothèse. On notera que le contingent italien (alors déployé entre les deux autres) n’a pas été visé. Pourtant l’Italie apportait elle aussi un soutien à l’Irak, notamment en lui fournissant des mines (qui ont fait tant de dégâts parmi les fantassins iraniens) et contribuait à la construction de la capacité nucléaire irakienne. Donc l’hypothèse de la vengeance iranienne n’est pas très cohérente. L’hypothèse la plus probable, est que des milices (chiites ?) ont voulu se venger ou pousser les contingents français et américains à cesser de participer aux opérations aux côtés de milices pro-gouvernementales. De fait, en s’associant avec des acteurs locaux, ces contingents n’étaient plus considérés comme des forces d’interposition, mais étaient devenus des parties au conflit. C’était clairement une erreur de stratégie de la France et des États-Unis (pour des raisons différentes). Mais il est évidemment difficile d’accepter que les attentats auraient résulté d’une erreur de stratégie !
  • Notons que les attentats ont été revendiqués par le Mouvement de la Révolution Islamique Libre (MRIL), une organisation inconnue, qu’on n’a jamais pu associer formellement au Hezbollah. De plus, comme je l’écris dans le livre, Caspar Weinberger, secrétaire à la Défense en 1983, déclarera en 2001 qu’on ne savait toujours pas qui étaient les auteurs des attentats!
  • Quant au fait que le Hezbollah existait déjà en avant 1985, c’est une pure spéculation : aucun document officiel ou publication spécialisée entre 1982 et 1985 (date de sa création officielle) ne le mentionnait. D’ailleurs, même les Américains – si rapides à désigner des groupes comme terroristes – n’ont porté le Hezbollah sur leur liste des organisations terroristes qu’en août 1997.
  • On notera par ailleurs, que le gouvernement français n’a considéré la branche armée du Hezbollah comme mouvement terroriste qu’en 2013, soit 30 ans plus tard ! Dans des circonstances d’ailleurs très discutables ! La décision a été prises après l’attentat de Burgas (Bulgarie) en 2013, où les Israéliens prétendaient que le Hezbollah en était l’auteur. Or il s’est avéré plus tard, que le procureur bulgare qui instruisait l’affaire a finalement retiré le Hezbollah de l’acte d’accusation, car aucun élément n’incriminait le Hezbollah dans cet attentat. Pourtant ni la France, ni l’Union Européenne ne sont revenues sur leurs décisions. Ce qui souligne ma thèse que des décisions importantes sont prises sur des informations erronées ou inexactes.
  • Pascal Boniface suggère que je réfute le fait que Bachar al-Assad soit un criminel de guerre. C’est tout simplement faux et cela ne figure nulle part dans mon ouvrage. En revanche, je conteste l’affirmation selon laquelle il chercherait à éliminer son propre peuple (ce qui n’a aucun sens) ainsi que la qualité et l’origine des informations et des chiffres qu’on avance pour affirmer et justifier cette accusation, et qui proviennent exclusivement de l’opposition (y compris pour les organisations internationales).
  • Quant à l’usage d’armes chimiques en Syrie, Pascal Boniface prétend que je cherche à nier que Bachar al-Assad les ait utilisées. C’est inexact. Je constate simplement – et décris en détail – qu’en août 2013, Obama ne s’est pas joint à Hollande, parce que son service de renseignement militaire (la Defense Intelligence Agency – DIA) avait des informations convaincantes que l’emploi d’armes chimiques à la Ghouta n’était probablement pas le fait du gouvernement, mais plutôt des rebelles. Concernant les deux incidents de Khan Sheykhoun (2017) et Douma (2018), le lecteur pourra constater que je conclus qu’on n’en sait rien… ce qui n’a pas empêché les Occidentaux de frapper la Syrie, avant même que des commissions d’enquête aient fait leur travail.
  • Je relève également dans mon livre qu’en avril 2017, soit deux jours après l’incident de Khan Sheykhoun, Pascal Boniface affirmait sur France 5, qu’il n’y avait « aucun doute » que Bachar al-Assad y avait utilisé des armes chimiques. Mais c’était probablement faux, puisque le président Emmanuel Macron, 10 mois plus tard, en février 2018, déclarait que « nous n’avons pas de manière établie par nos services la preuve que des armes chimiques proscrites par les traités ont été utilisées contre les populations civiles ». A la même époque, le général Matthis, alors secrétaire à la Défense américain, déclarait lui aussi que les services américains n’avaient aucune preuve de l’usage d’armes chimiques par l’armée syrienne en 2013 et 2017. Deux mois plus tard, après l’incident de Douma en avril 2018, Emmanuel Macron affirme détenir des preuves de l’utilisation d’armes chimiques, mais le même jour, le général Matthis affirme que les services américains sont toujours à la recherche de ces preuves….

Pour chaque point qu’il évoque dans sa vidéo, Pascal Boniface nie les affirmations d’acteurs de première main ou crée des certitudes à partir d’hypothèses. Je ne voudrais pas utiliser les mots « négationnisme » ou « complotisme » (car il n’a certainement pas d’intention politique ici), mais techniquement, il s’agit du même phénomène. C’est exactement ce que je dénonce dans mon ouvrage.

En fait, il n’a pas compris l’essence de l’ouvrage : contrairement à ce qu’il suggère, je ne dis pas qu’il faut douter de ce disent les gouvernements, mais des éléments qu’ils utilisent pour décider. Car en créant des certitudes à partir de suppositions et réarrangeant les faits, nous poussons nos gouvernements vers des décisions inappropriées et des interventions contraires au droit international aux conséquences imprévisibles.

A la différence d’un chercheur, l’analyste de renseignement produit des documents sur lesquels seront fondées des décisions. Ainsi, un chercheur comme M. Boniface peut se permettre de travailler sur des hypothèses sur la base d’intuitions, de présomptions ou de suppositions, c’est légitime, c’est son travail et c’est utile. Mais pour l’analyste de renseignement, le travail commence là où se termine celui du chercheur : il doit étayer son produit par des faits.

Or, paradoxalement, les faits sont une denrée rare. Les recueillir est un problème majeur dans des conflits complexes, avec des acteurs très différents, aux structures changeantes et quasi-impénétrables parce que très petites. Or, pour différentes raisons, les services de renseignement ont beaucoup moins d’agents sur le terrain qu’on ne l’imagine. C’est d’ailleurs la même chose pour la presse : pour faire des économies, on préfère avoir des « correspondants » qui glanent des informations, le plus souvent dans les rangs de l’opposition. Il en résulte que notre image du conflit n’est restituée qu’à travers un seul prisme : elle est donc partielle, mais – surtout – souvent partiale.

L’absence de faits ou de transparence sur les faits est la porte ouverte au complotisme. Techniquement, le complotisme est le fait de combler les manque d’informations en « réassemblant » les faits en fonction d’une logique et d’objectifs arbitraires. La création d’un « califat mondial » par les islamistes, la « domination du monde » par les juifs, l’élimination du peuple syrien par Bachar al-Assad, etc. sont typiquement des objectifs qui ont été imaginés par quelques obscurs chercheurs, qui ne sont confirmés par aucun élément concret, mais tendent à influencer des individus et des gouvernements.

Mon livre va exactement à l’opposé : il montre ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas, et ce que l’on sait mais ne veut pas voir. Il n’a pas pour objectif de blanchir ou disculper X ou Y, mais de montrer que les décisions de nos gouvernements sont trop souvent basées sur des informations très fragiles et très discutables. La crise du CoViD-19 n’échappe d’ailleurs pas au phénomène, même si elle ne fait pas l’objet du livre.

J’ai donc construit mon livre comme le fait un professionnel du renseignement et un lecteur averti pourra noter que le livre privilégie les sources officielles et de première main, en écartant toutes les informations provenant de sources liées à des extrêmes politiques ou complotistes.

Mon livre est en fait un plaidoyer pour un meilleur usage des services de renseignement, que les décideurs ignorent trop souvent pour prendre des décisions guidées par l’émotion. Car pour moi, déclarer qu’il n’y a aucun doute, alors qu’on ne connait pas l’état de la situation est non seulement intellectuellement malhonnête, mais aussi dangereusement excessif. Les présomptions qui deviennent certitudes engendrent des décisions qui nous conduisent souvent à agir au mépris du droit international, à pratiquer la torture, à frapper des populations civiles de manières disproportionnée, comme l’ont d’ailleurs dénoncé certains militaires français déployés en Syrie. En 2019, les Nations Unies ont observé qu’en Afghanistan les militaires internationaux tuaient plus de civils que ne le font les djihadistes ! On marche sur la tête !

Il est important de ne pas confondre nos sentiments, nos sympathies ou antipathies de citoyen avec les éléments de décision d’un gouvernement. Quoiqu’on pense d’un régime, l’émotion est rarement une solution. Si vraiment on voulait un changement de régime en Iran ou au Venezuela, il suffirait de lever toutes nos sanctions, car ce sont elles qui permettent à ces régimes d’entretenir une cohésion derrière eux. En Afghanistan, mon chauffeur (pachtoune), à la question de savoir ce qu’il pensait des Taliban, me répondait : « Nous n’aimons pas les Taliban, mais s’il faut choisir entre eux et les Occidentaux, nous les choisirons eux ! » Tout est dit.

Notre manière émotionnelle de traiter les crises ne résout rien. Mon expérience montre que dans les nombreux conflits dans lesquels j’ai été témoin, on aurait pu sauver des milliers de vies si on avait eu un doute avant d’agir.

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Communiquer…

La caricature à laquelle est ramenée toute personne qui ose ne pas maudire la Russie, pour ne pas parler d’elle, c’est l’absence de rigueur intellectuelle qui la signe.

Y réagir, c’est refuser que l’approximation quand il ne s’agit carrément pas d’affabulation, ne prenne le pas sur toute autre exigence.

Mais à l’heure où « communiquer » est devenu une priorité, se répandre en considérations sans autre souci que celui de frapper l’opinion est le but visé.

Parce que, s’assurer que les propos tenus soient fondés ne tourmente pas plus que cela. Qui se soucie de déontologie sinon pour la rappeler à autrui?

Ne pas se laisser prendre à ce jeu-là, depuis le temps que je m’y attache, relève du combat de Sisyphe. L’abandonner n’est pas encore de mise.

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COVID-19, essai de 11e synthèse

Petite parenthèse covidienne et nouvel essai de synthèse en attendant la suite de nos entretiens avec Jacques Baud.

A découvrir comment chaque pays décrète tel ou tel autre à (haut) risque en termes de contagiosité virale, on comprend que la situation se complique.

Deux cantons suisses, ceux de Genève et de Vaud sont déconseillés par Berlin aux Allemand(e)s, dans le même temps, la Suisse place certaines régions de France sur sa liste rouge.

Autrement dit, ces cantons décommandés aux Allemand(e)s et soumis à la décision fédérale, limiteront eux-même leur accès à tout voyageur venant de certaines régions de France.

Faute de quoi la quarantaine les attendra.

Quant à l’Espagne, placée depuis un certain temps déjà sur liste rouge en Suisse, il semble que la vie s’y déroule de manière moins dangereuse que celle dont nos médias rendent compte.

A dire vrai, la perception que chaque pays a et donne de l’autre ne favorise pas vraiment l’ouverture.

Tandis que la lutte contre les nationalismes fait rage, que le mondialisme est rabâché à tout va, se fermer à ses voisins paraît plutôt paradoxal.

Mais bon, ce virus a ses secrets que la raison ne connaît pas encore…

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Terrorisme, complotisme, conspirationnisme, suite de l’entretien avec Jacques BAUD

-Jacques Baud, notre précédent entretien se terminait pas une remarque de votre part,  selon laquelle vos « détracteurs sont eux-mêmes des promoteurs de fausses informations et de conspirations » … Pourriez-vous nous en dire davantage à cet égard?

Jacques Baud: -Permettez-moi de vous répondre par un détour. Le point de départ de mon livre est le constat que notre lecture du terrorisme ne permet pas d’en venir à bout. En réalité, cette lecture est brouillée par toute une série de théories qui cherchent à offrir une image de la question, souvent à des fins politiques. On avance évidemment l’exemple du « 9/11 », dont les zones d’ombre ont permis à de nombreuses théories complotistes de fleurir. On combat – avec raison – celles qui impliquent un complot juif ou de la CIA, mais on accepte volontiers l’idée d’un « terrorisme mondialisé (…) où le djihadisme rongeant les bases de nos sociétés ouvertes et démocratiques, des assassins qui haïssent nos libertés et qui veut nous contraindre à changer notre manière de vivre et d’envisager l’avenir ».

Dans un « documentaire » intitulé « Complotisme, les alibis de la terreur », impliquant l’un des fondateurs de Conspiracy Watch et diffusé sur France 3 en 2017, Jacob Rogozinski va même plus loin en affirmant que les djihadistes cherchent à créer « un califat mondial, qui va s’emparer de Rome, qui va s’emparer de l’Europe, qui vaincra l’Amérique, qui établira un réseau mondial de vrais croyants, unis derrière un pouvoir souverain absolu ». Cette théorie, se base sur de nombreux écrits devenus très populaires en France ces dernières années, dont les plus fréquemment cités sont Eurabia de Bat Ye’or et   La Conquête de l’Occident  de Sylvain Besson, qui décrivent un projet des Frères Musulmans pour conquérir le monde chrétien, une idée reprise par le journaliste Mohammed Sifaoui dans son livre Taqiyya !

Or, que certains musulmans aient ou aient eu l’idée de conquérir le monde est très probable : on trouve exactement le phénomène symétrique en Occident. Mais en faire une doctrine relève purement et simplement du… complotisme. Le complotisme ou conspirationnisme est l’assemblage de faits (parfois vrais) et d’en occulter d’autres, afin de créer une cohérence artificielle au service d’un projet ou d’un objectif. C’est exactement ce que l’on fait avec la menace islamiste, que la forte présence musulmane en Europe alimente très opportunément.

Depuis des années, certains tentent d’associer des groupes palestiniens (comme le Hamas) au djihad global, afin de pouvoir lui appliquer la même intransigeance. Dans ce contexte, les Frères Musulmans sont devenus une cible commode : ils forment à peu près la seule structure islamique identifiable, que l’on pourrait associer à une action révolutionnaire. C’est pourquoi on lui attribue l’ambition de vouloir conquérir le monde.

Le problème est que cette idée de « conquête de l’Occident » alimente l’extrême-droite radicale et les conspirationnistes de tous bords. D’ailleurs, ironiquement, en 2014, Mattias Gardell, chercheur à l’Université d’Uppsala (Suède), publie un article dans la très sérieuse revue « Terrorism and Political Violence » où il constate qu’Anders Breivik (auteur du massacre d’Utoya en 2011), s’était inspiré « des travaux du théoricien du complot franco-suisse Sylvain Besson » (sic). Ennuyeux !…

En fait, cette apparente « conquête de l’Occident » ne résulte pas d’une machination islamique, mais de politiques d’immigration incohérentes, initiées dans les années 60-70 pour répondre à un besoin de main d’œuvre peu qualifiée. Mal gérée, souvent abandonnée, cette immigration s’est souvent réfugiée dans la petite criminalité et parfois dans le terrorisme.

Le terrorisme est une technique de combat qui cherche à atteindre un objectif stratégique par une action tactique. C’est un mode d’action – et non une doctrine – qui peut être utilisé aux fins les plus diverses (résistance à une occupation, mouvements révolutionnaires, libérations de prisonniers, etc.) Mais il y a toujours un objectif à atteindre, c’est pourquoi les terroristes revendiquent leur action : pour exposer cet objectif. Cela devrait nous servir pour comprendre ce qu’ils veulent et ajuster nos stratégies. Mais nous ne le faisons pas !

Le terrorisme djihadiste actuel est très simple : il s’agit de pousser les populations occidentales à exiger le retrait de leurs forces déployées au Proche- et Moyen-Orient. Je n’invente rien : l’Etat Islamique l’a expliqué à maintes reprises dans des vidéos et dans ses écrits doctrinaux, mais ces explications ne sont jamais présentées dans les médias. On préfère laisser croire l’idée d’un « califat mondial », même si c’est au prix de massacres comme à Christchurch ou à Utoya.

En fait, le modèle des djihadistes est l’attentat de Madrid en mars 2004, qui avait conduit au retrait des troupes espagnoles d’Irak. Mais cette stratégie ne peut avoir une chance de fonctionner que dans des pays où les gouvernements sont peu populaires ou dont les populations sont majoritairement opposées aux interventions, comme en Espagne en 2004, en Grande-Bretagne en 2005, en France en 2015-2017 et en Belgique en 2016. C’est pourquoi la France a été frappée en priorité, alors que son rôle en Irak et en Syrie est modeste (environ 6-9% des frappes de la Coalition).

Notre obsession à voir le terrorisme comme une tentative de détruire nos sociétés est absurde. Il en est ainsi des attentats de janvier 2015, dont le procès se déroule à Paris. On y voit une tentative de s’attaquer à nos libertés, etc. C’est un peu simple…

En 2006, en pleine crise des caricatures en Europe, des menaces d’attentats ont été diffusées dans la presse locale contre le personnel de la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS). J’étais alors chef du renseignement (JMAC) et j’ai été chargé par le Représentant Spécial du Secrétaire-général d’évaluer la menace sur la mission et ses personnels. Une réunion discrète a donc été arrangée avec des représentants de groupes islamistes soudanais – proches de la mouvance djihadiste. A mon arrivée, le « chef » des islamistes fait une remarque ironique sur les Chrétiens. Je lui dis alors : « Fais attention, parce que toi et moi avons le même Dieu ! ». Il me répond par un grand sourire et me dit : « C’est vrai assieds-toi et parlons ! ». La réunion s’est déroulée dans une grande sérénité et notre interlocuteur nous confie alors : « Nous savons que vos pays sont démocratiques, et nous ne contestons pas votre droit de publier ce que vous voulez ; mais lorsque vous voyez que cela nous blesse, pourquoi ne le reconnaissez-vous pas ? » À aucun moment il n’évoque la liberté d’expression et de la presse : toute la discussion tourne autour du respect et du vivre ensemble. À la question de savoir si la MINUS devait s’attendre à des actes de violence – qui était l’objet de la réunion – notre interlocuteur nous répond : « Nous avons parlé, il n’y aura pas de violence ! » Ils tiendront parole : aucune violence, ni verbale, ni physique ne sera exercée contre la MINUS en relation avec les caricatures…

Le problème est que la publication de ces caricatures par Charlie Hebdo en février 2006 est intervenue après que des incidents dans le monde avaient déjà fait environ 150 morts. C’est pourquoi Jacques Chirac l’avait qualifiée de provocation. Charlie Hebdo avait en tête le maintien de la liberté de la presse et le droit au blasphème, mais ce n’était pas vraiment le problème : les violences n’ont concerné pratiquement que le Danemark, qui avait refusé tout dialogue sur la question, mais pas la Norvège. Celle-ci a présenté des excuses officielles, non pour la publication elle-même – la liberté de la presse est même soulignée – mais pour l’offense qu’elle aurait pu constituer pour certains. En substance, c’est exactement ce que cet islamiste m’avait dit dans la banlieue de Khartoum.

Aveuglé par son idéologie, Charlie Hebdo n’a pu ou pas cherché à comprendre la vraie nature de l’enjeu. Comme toujours, nous parlons volontiers de société multiculturelle, mais nous refusons de comprendre les sensibilités des cultures auxquelles nous voulons nous associer. En février 2006, il ne s’agissait pas de renoncer à la liberté de presse ou d’expression, mais simplement d’expliquer et « d’emballer » cette publication… et non de jeter nos principes à la figure des musulmans.

En janvier 2015, les attentats n’avaient qu’un rapport indirect avec cette publication. En fait, pour répondre aux frappes françaises en Irak, les djihadistes n’ont pas voulu frapper de manière aveugle dans un lieu public ; au lieu de cela, ils ont « minutieusement choisi » (selon leurs termes) ceux qui – à leurs yeux – étaient les « plus coupables » : Charlie Hebdo et un magasin juif (à cause de la situation en Palestine). Tout cela n’est pas inventé : les djihadistes nous l’on expliqué en long en large et en travers dans leurs publications. Il suffit de lire pour comprendre. Le problème est que ces textes sont considérés comme de la propagande et, en France, leur simple détention pouvait être punie pénalement ! Il devient donc difficile de comprendre la logique terroriste. Avec un groupe de travail de l’OTAN en 2005-2006, nous avions fait une étude de la personnalité des terroristes et avons découvert que leur niveau d’intelligence moyen surpassait celui des forces de sécurité. Une étude qui a été confirmée récemment par les services britanniques. Donc imaginer que les terroristes pensent « détruire nos valeurs » et nos « libertés » avec quelques attentats est presque puéril.

La mesure la plus efficace pour lutter contre le terrorisme est de cesser d’aller bombarder des pays qui nous rien demandé…

Le terrorisme ne résulte donc ni d’un complot juif, ni de complots de la CIA, ni d’une volonté de conquête islamiste, ni d’obscurs projets des Frères Musulmans. Le terrorisme est tout simplement le résultat d’une asymétrie entre la détermination (des terroristes) et la sottise (des Occidentaux). Mon livre vise simplement à « démonter » des théories fallacieuses qui obscurcissent notre vision, limitent notre champ d’action à l’emploi de la force et nous empêchent de traiter efficacement la question du terrorisme. Je suis donc forcé de constater que ceux qui me dénigrent sont exactement les mêmes que ceux qui professent des théories très incertaines construites comme du… complotisme, dont le principal effet est de nous empêcher de comprendre le problème et de le résoudre…

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Quand les médias ignorent les faits et falsifient, suite de l’entretien avec Jacques BAUD, auteur de « Gouverner par les FAKE NEWS »

Jacques BAUD, dans le précédent entretien paru ici-même hier, vous avez relevé combien ce que vous observiez sur le terrain en tant qu’agent du renseignement différait de ce que vous découvriez ensuite dans les médias qui en rendaient compte. Mieux encore, voici votre livre sous les feux de projecteurs médiatiques falsificateurs alors que votre travail vise, au contraire, à alerter contre la distorsion de faits avérés. Vous le savez, ce blog a souvent pointé la désinformation et c’est précisément parce que votre livre en fait désormais les frais que je tiens à ce que vous nous parliez de votre manière de travailler.

Jacques BAUD– Le problème des crises actuelles est qu’elles sont traitées de manière totalement émotionnelles, et qu’on écarte systématiquement des faits pour donner plus de résonnance à l’événement. Il en a été ainsi du terrorisme après le « 9/11 » et les attentats de 2015 en France, ainsi que du CoViD-19 : les médecins se muent stratèges, les policiers deviennent des experts en islamisme, les « indics » deviennent des « agents » des services de renseignement, etc. Comme personne ne comprend et ne cherche à comprendre la véritable nature des problèmes, on ouvre la porte à toutes les interprétations, y compris les plus fantaisistes.

Il en découle un autre problème : les interprétations qui ont le plus de traction, deviennent des vérités. Les suppositions, les extrapolations, les hypothèses deviennent des certitudes. Dans ce contexte, où les « vérités » ne sont étayées que par des convictions, on observe un comportement très protecteur des « vérités officielles ». Ce qui en déroge devient ipso facto « complotiste »,

Une partie de l’explication se trouve dans le manque de rigueur intellectuelle des journalistes et des médias. Pourtant toute l’information est là, disponible ; mais on l’ignore. Par exemple, en décembre 2019, Le Temps évoque la présence d’une unité secrète des services de renseignements militaires russes (GRU) dans les environs de Genève : l’unité « 29155 ». Elle serait composée de « vrais tueurs, spécialistes des opérations clandestines, du sabotage et, donc, des assassinats ». En réalité, le journal affabule : « 29155 » se réfère au numéro d’acheminement du courrier postal d’une unité dont l’existence se trouve depuis de nombreuses années sur un site russe consacré à l’histoire militaire du pays ; il s’agit du 161e Centre de formation du Renseignement du GRU spécialisé dans l’étude et la formation sur la technologie des armes étrangères. Ses chefs apparaissent également sur internet.

De même, lorsque le même quotidien affirme, en décembre 2018, que la Russie est derrière les manifestations des Gilets Jaunes en France afin d’y « amplifier les divisions », quels sont les faits ou éléments concrets qui permettent de l’affirmer ? Rien. On est dans des conjectures, mais qui, à force d’être répétées, tendent à devenir des faits. On ne se pose même pas la question du « pourquoi ? » : la Russie est un « méchant ». Pourtant, la Russie a-t-elle vraiment besoin de s’exposer politiquement pour amplifier les divisions en France, où l’immigration est si mal gérée, où les décisions politiques apparaissent parfois surréalistes, où l’insécurité reflète des réalités sociétales qu’on a presque délibérément ignorées durant des décennies et où la voix du peuple ne semble avoir, pour seul recours, que la manifestation pour être entendue? On pourrait voir dans ces accusations du « complotisme », car techniquement elles en ont exactement l’architecture : un assemblage de faits, en fonction d’une logique extérieure à l’événement (voire arbitraire), et que l’on voit guidé par une intelligence supérieure.

Il y a peut-être une partie de « complotisme », mais il s’agit plus probablement d’un mélange d’ignorance, d’opportunisme et de manque de déontologie. En fait, très peu de journalistes – voire pratiquement aucun en Europe – n’ont une connaissance et une compréhension de la manière dont la désinformation est pratiquée par la Russie. Et c’est le problème, les contraintes qui s’exercent sur les médias les ont poussés vers une superficialité qui ne permet plus d’aborder la complexité des crises modernes.

Afin d’éviter de tomber dans le piège facile de trouver des informations qui contredisent le discours officiel, le choix des sources de mon ouvrages s’est effectué avec une grande rigueur. Ainsi, j’ai pris des sources qui répondent au critère de « factualité » et ai systématiquement écarté celles qui étaient trop marquées politiquement à gauche ou à droite. De plus, je me suis très largement appuyé sur des rapports officiels de services de renseignement, d’organisations internationales ou de la presse traditionnelle. Evidemment, il m’a fallu prendre des exemples.. Ainsi, un journaliste de France Inter m’a reproché de me référer à « voltaire.net » et à Thierry Meyssan : en réalité il n’a lu que les notes de bas de page, mais n’a pas lu le texte, car j’ai cité ces deux sources dans des cas où je contestais leur point de vue, précisément parce qu’il n’était pas factuel !… C’est d’ailleurs exactement le même phénomène avec ConspiracyWatch, qui critique le livre sans l’avoir lu, et les journalistes qui l’approuvent… C’est la disparition d’une certaine déontologie professionnelle, qui favorise les discours complotistes.

En réalité, mes détracteurs sont eux-mêmes des promoteurs de fausses informations et de conspirations, comme nous le verrons…

Histoire, Politique, Voix

Série d’entretiens avec Jacques BAUD, auteur de « Gouverner par les FAKE NEWS »

– Jacques BAUD bonjour et merci d’avoir bien voulu répondre à ma proposition d’interview. C’est après avoir découvert comment le journaliste Sylvain BESSON vous présentait dans un groupe FACEBOOK que l’envie de vous poser quelques questions m’est venue. 

Car de personnalité à la notoriété publique reconnue, auteur de nombreux ouvrages de référence, suite à la parution de votre dernier livre « Gouverner par les FAKE NEWS »,vous voici soudain présenté par ce journaliste de manière tout autre, comme l’indique la capture d’écran qui illustre ce sujet e

Avant de nous en dire davantage sur ce site auquel se réfère Sylvain BESSON pour mettre en relief sinon bien plutôt en doute vos compétences, je vous serais reconnaissante de vous présenter en quelques mots et de nous parler de votre parcours impressionnant.

Jacques BAUD: -Bonjour, et merci de me donner l’opportunité de m’exprimer « de vive voix ». Je suis originaire de Genève où j’ai fait mes études (en économétrie, à l’Université de Genève), puis divers diplômes postgrade à (anciennement) IUHEI à Genève. Au début des années 80, j’ai été invité à faire partie de nos services de renseignement à Berne (car je suis probablement l’un des seuls membres du service à n’avoir pas eu besoin de postuler !) Je me suis occupé des forces du Pacte de Varsovie, y compris celles qui étaient en Afghanistan ou en Angola. Sans entrer dans les détails, disons que j’ai écrit un manuel à l’intention de la résistance afghane pour neutraliser les mines soviétiques disséminées par hélicoptère.

C’est pourquoi, lorsque la Suisse s’est intéressée à la question des mines anti-personnel au milieu des années 90, les Affaires étrangères ont sollicité mon expérience : j’ai alors proposé la création du centre de déminage humanitaire de Genève et j’ai été envoyé deux ans aux Nations Unies à New York pour le créer, ainsi qu’un système de gestion de l’information sur les mines. Peu après mon retour en Suisse, les Nations Unies m’ont demandé de les aider à créer un système de renseignement multidimensionnel pour les opérations de maintien de la paix. C’est le concept de Joint Mission Analysis Center (JMAC), dont j’ai dirigé la première unité (et probablement la plus grande à ce jour) au Soudan avec la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS). Le JMAC était un service de renseignement civilo-militaire, directement subordonné au représentant spécial du Secrétaire-général des Nations Unies.

En 2005-2006, alors que j’étais sur place, la question du Darfour intéressait presque plus le Conseil de Sécurité que le Sud-Soudan (qui était pourtant la raison d’être de la MINUS). J’étais donc régulièrement au Darfour, en contact étroit avec les organisations humanitaires sur place, ainsi qu’avec les divers mouvements rebelles, avec lesquelles nous avions des réunions régulières. Durant ces deux ans, je constatais que l’information qui circulait en Occident n’avait pratiquement rien à voir avec la situation sur le terrain : les milliers de morts rapportés par nos médias n’avaient aucune réalité, les « janjaweed » que l’on attribuait au gouvernement s’attaquaient… aux forces gouvernementales ! Nous avions une très bonne visibilité sur les événements du Darfour, à telle enseigne que les divers services de renseignements occidentaux au Soudan me contactaient régulièrement pour échanger des informations. J’y ai fait la connaissance de quelques « agents » qui sont devenus aujourd’hui directeurs de leur service chez eux, et avec lesquels nous sommes restés en contact.

Après mon retour en Suisse, j’ai refait un séjour de deux ans aux Nations Unies à New York, comme chef de la doctrine des Opérations de maintien de la paix, où je me suis notamment occupé des questions de la protection des civils et de la coopération civilo-militaire. J’ai alors pu suivre la situation en Libye et ai une fois de plus constaté que la réalité du terrain ne correspondait pas du tout à celle rapportée dans les médias.

Après New York, j’ai été envoyé à Nairobi pour y faire un travail très semblable, mais au profit de l’Union Africaine. Après environ deux ans, en 2013, j’ai eu l’opportunité d’avoir un poste à l’OTAN à Bruxelles, comme chef de la lutte contre la prolifération des armes légères. Il s’agissait d’un poste très particulier, car la Suisse ne fait pas partie de l’OTAN ; mais il existe quelques postes négociés bilatéralement entre l’OTAN et des pays dits « partenaires ». Ainsi, depuis Bruxelles j’ai « assisté » à l’enlisement de la situation en Libye et à la crise ukrainienne. Là encore, j’ai pu constater que l’on ne pouvait ou ne voulait pas comprendre la nature des problèmes et qu’on se réfugiait derrière des idées toutes faites. Dans l’OTAN, la « nouvelle Europe » (comme l’appelait George Bush) reste animée par un profond sentiment de revanche à l’égard de la Russie, et malgré que les militaires de la « vieille Europe » avaient des jugements plus nuancés, cette aversion satisfaisait le grand frère américain et tout le monde s’en accommodait assez bien. Le problème est qu’on ne résolvait pas les problèmes, mais on les accentuait de manière évidente.

-Vous m’avez dit avoir répondu point par point à l’article de Conspiracywatch. Pourriez-vous, dans cette première partie de notre interview, nous faire part de ce à quoi vous avez tenu à réagir afin que, dans les prochaines parties de cet entretien avec vous, nous puissions y revenir de manière plus détaillée?

En fait, ConspiracyWatch (CW) a réagi au livre à travers une interview donnée à M. Taddéi, sur RT (…et non ! contrairement à ce que pourraient dire certains : ils ne paient pas !). Le problème ici est que CW s’est basé sur l’interview, qui est en fait un résumé du livre, et n’a pas attendu de l’avoir lu pour le commenter, ce qui me semble pour le moins curieux pour un site qui cherche à lutter contre la désinformation. Car sans lire le livre, il est facile de suggérer du « complotisme » (que d’ailleurs CW ne semble pas définir avec rigueur) et je n’y vois pas la preuve d’une grande intégrité intellectuelle. S’il avait lu le livre, il aurait constaté que pour la plupart des sujets je constate que l’on « ne sait pas », et qu’il faut accepter qu’en l’état, nous n’avons pas les éléments pour bombarder, renverser des gouvernement, adopter des sanctions, etc.

Le problème des relations internationales aujourd’hui est qu’elles sont déterminées par des approximations. Des accusations sont formulées et des sanctions prises par les gouvernements avant même que les enquêtes soient terminées.

Ce que CW n’a pas compris est que le propos du livre n’est pas de « blanchir » certains acteurs, ni de déterminer si X ou Y a raison ou tort, voire affirmer des « vérités », mais de montrer que les jugements sur lesquels les gouvernements occidentaux basent des décisions parfois lourdes de conséquences sont très fragiles. Comme je l’écrit en introduction de mon ouvrage, si l’on avait lu (ou appliqué, ou accepté, ou tenu compte de) mes analyses tout au long de ma carrière (en Suisse et ailleurs), nous aurions pu épargner environ 475’000 vies humaines. Mais chaque fois, je me suis heurté à des diplomates, des militaires ou des fonctionnaires qui avaient une idée préconçue du problème et qui refusaient de la remettre en question. En fait, le livre est un plaidoyer pour le « doute raisonnable » et contre les suppositions érigées en certitudes.

Nous avons tendance à oublier que transformer des suppositions ou des rumeurs en certitudes est un élément central du… complotisme.

A l’inverse de CW, mon métier comme agent de renseignement a toujours été de m’appuyer sur les faits – qu’ils plaisent ou non – mais aussi de reconnaitre lorsque qu’on ne sait pas.

-Merci, Jacques BAUD,  de ces réponses. J’invite dores et déjà nos lectrices et nos lecteurs à lire la suite de notre entretien qui paraîtra ces prochains jours ici-même.

Histoire, Politique, société, Voix

Le monde politique, la belle affaire!

Le feuilleton Navalny se poursuit, qui se soucie de sa vie? On commente, on affirme, pendant ce temps-là, un homme est dans le coma.

Comme nul ne sait exactement ce qui lui est arrivé, on reste dans un flou qui n’a rien d’artistique.

Alors que l’on ignore ce qui a favorisé le transfert du blogueur et activiste russe en Allemagne pour y être soigné, on y va de son appréciation personnelle.

En d’autres termes, on est en pleine interprétation de faits qui, peu à peu, deviennent des « vérités ».

Car à défaut de connaître le fond de l’affaire, nombre de personnes se contentent d’entonner les sempiternels refrains qui dressent « pro-russes » contre « russophobes ».

Alors que le monde politique est d’une telle opacité! Tissé de passions et d’intérêts, il fascine, exaspère ou indiffère.

Car sous couvert d’arguments sont véhiculés toutes sortes de propos qui devraient nous convaincre d’une cause ou d’une autre.

Or ce ne sont toujours que des points de vue que chacune et chacun est libre de partager ou non.

En l’occurrence et sans éprouver de sympathie particulière pour Navalny, je pense à lui, pris qu’il est au coeur de tensions qui vont bien au-delà de son seul engagement d’activiste.

Culture, Histoire, Politique, société, Voix

Affaire Navalny, une professeure nous explique…

Dans le cadre de l’affaire Navalny, Cécile Vaissié, auteure, entre autre, d’un ouvrage intitulé « Les Réseaux du Kremlin en France », s’est exprimée dans plusieurs médias occidentaux.

Il est vrai que la France ne compte que très peu de spécialistes de son envergure. Heureusement d’ailleurs car d’un tel talent d’approximation, on se passe volontiers.

En l’occurrence, cette « professeure en études russes, soviétiques et post-soviétiques à l’Université Rennes 2 » nous explique que  « les médecins faisaient ce qu’on leur disait de faire au Kremlin ».

Qui est « on »?

Peu importe, c’est le ton qui fait la chanson, comme dit le proverbe. Ici, tout réside dans le choix des termes de l’énonciation. « On », rien de plus précis que « on », rien de plus percutant sans doute aussi.

A l’Académie d’apprécier pareil flou dans les assertions si pour leur part, public et médias s’en satisfont!

Pour le reste, un procès en appel nous attend, Cécile Vaissié, son éditrice et nous autres cinq des six plaignants que nous étions contre la décision rendue par le Tribunal de Grande instance.

Culture, Economie, Histoire, Politique, société, Voix

Ce Kremlin qui tremblerait face à Navalny…

Vous le savez, ce blog a été de manière chronique et répétitive, perçu comme antenne du Kremlin ou presque. Enfin, il y a aussi eu -et je les en remercie- des lecteurs et des lectrices capables de faire la part des choses mais surtout, de savoir lire la teneur d’un propos.

Il semble que cela doive de plus en plus être relevé tant on observe comment et pour toutes sortes de raisons, on préfère tordre un énoncé dans le sens qu’on veut lui donner et qu’il n’a pas. Ainsi en est-il aussi de celui dont tant de nos médias nous racontent le sort adverse, je veux parler ici d’Alexeï Navalny.

Si je lui souhaite, ici, un très prompt rétablissement dans les meilleures conditions qui soient, je tiens tout autant à rappeler que ce Monsieur sans cesse présenté par nos élites politico-médiatiques comme « le principal opposant » du Président russe, ne l’est tout simplement que par leur seule lecture.

Navalny ne pèse pas très lourd comme « adversaire » de Vladimir Poutine.

Ses supporters ne représentent pas même, en pourcentage, un chiffre qui dépasserait celui des cinq doigts d’une main. Qu’à cela ne tienne, nos médias alimentent le mythe du « principal opposant » qui ferait trembler le Kremlin. A tel point que s’en débarrasser serait devenu un objectif prioritaire.

Est-ce qu’au moment où la Biélorussie et son Président à la légitimité contestée sont en ligne de mire, empoisonner Alexeï Navalny aurait un intérêt? Celui de la stratégie de diversion? Les divers expert(e)s invité(e)s de nos médias auront sans doute une réponse qui nous rappellera, souhaitons-le, à la raison.

Car enfin, il semble bien que cette formule consacrée et répétitive à souhait de « principal opposant » à Vladimir Poutine doive entrer dans les cerveaux occidentaux pour bien leur faire comprendre que cet homme, à défaut d’être une figure marquante de la vie politique russe, en est surtout sa cible par l’acharnement dont il serait victime.

Alexeï Navalny a désormais été transféré en Allemagne pour y être soigné.

C’est une bonne chose pour lui, pour les siens et pour toutes celles et ceux qui auraient suspecté la médecine russe d’être à la botte du Maître. Puisse son « principal opposant » se rétablir dans les meilleures conditions qui soient, c’est le voeux que j’émets ici. Mais aussi, qu’un jour enfin, l’information délivrée sur ce vaste pays qu’est la Russie soit moins orientée.

Ce serait dans l’intérêt général mais qui s’en soucie encore est une autre question…