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Jacques BAUD réagit à la critique de son livre par Pascal BONIFACE

-Jacques Baud, après avoir suivi la vidéo que Pascal BONIFACE a postée sur Youtube et qui est consacrée à son appréciation de votre livre « Gouverner par les FAKE NEWS », j’ai souhaité avoir votre réaction. Vous avec bien voulu accepter d’en faire part et je vous en remercie.

Jacques BAUD: -En fait, je doute un peu de sa sincérité lorsqu’il affirme avoir lu l’ouvrage. Il n’y a pas un point de juste dans sa critique : il ajoute des éléments qui n’y sont pas, conteste les aveux de l’ex-directeur de la CIA, m’attribue des intentions que je n’ai pas, et n’a manifestement pas compris la finalité de l’ouvrage – pourtant décrite en toutes lettres –, pour finalement le trouver « trop systématique » !

Or, c’est précisément le manque de systématique dans notre manière de traiter l’information, que je critique dans cet ouvrage. En reprenant point par point :

  • Il affirme que la thèse de mon ouvrage est que « les gouvernements occidentaux font des fausses informations pour justifier leurs interventions ». C’est faux ! En fait, la thèse du livre est écrite en toutes lettres dans l’introduction et postule que les décisions occidentales sont le plus souvent basées sur des informations partielles, partiales, souvent erronées et très souvent invérifiées. D’ailleurs l’exemple qu’il donne de la guerre en Irak ne se trouve pas dans mon livre, car ce n’est pas le propos. Je n’affirme pas que les gouvernements créent de vrais mensonges, mais qu’ils utilisent de fausses vérités.
  • Il conteste l’affirmation selon laquelle les Soviétiques sont entrés en Afghanistan à cause de l’action des Etats-Unis. Mais comme je l’écris dans le livre, cette affirmation ne vient pas de moi, mais de l’ancien directeur de la CIA Robert Gates, qui l’écrit dans ses mémoires. En fait, les Soviétiques ne voulaient pas intervenir en Afghanistan et avaient résisté aux demandes répétées du gouvernement afghan de l’aider à stabiliser la situation. La décision américaine déstabiliser le gouvernement afghan dès le début 1979, en soutenant clandestinement la rébellion islamiste (Moudjahidin) a eu pour conséquence de stimuler un terrorisme qui commençait à déborder dans les républiques du sud de l’URSS. Je me rappelle d’ailleurs que nous avions de très nombreux messages – alors SECRET – qui faisaient état d’un terrorisme islamiste, dans les districts militaires du Nord Caucase et du Turkestan. C’est probablement ce qui a incité les Soviétiques à finalement intervenir. Il s’agissait bien sûr de soutenir le régime en place (bien qu’ils aient éliminé le président Amin) mais aussi (et peut être, surtout) de protéger leur frontière Sud. Ce qui explique que parmi les premières troupes terrestres engagées en Afghanistan on trouvait les troupes de gardes-frontières du KGB. L’affirmation de Robert Gates sera plus tard confirmée par les déclaration de l’ancien conseiller à la Sécurité Nationale Zbigniew Brezinski.
  • Quant au Liban, il conteste mes doutes sur le lien automatique que l’on fait aujourd’hui entre le Hezbollah et les attentats de Beyrouth contre les contingents français et américains, en octobre 1983. Pourtant, alors membre des « services », je me rappelle très bien que personne n’était en mesure de dire qui avait perpétré ou commandité les attentats. On a tenté d’expliquer par la suite qu’il s’agissait d’une vengeance de l’Iran pour le soutien apporté par la France et les Etats-Unis à l’Irak dans le Golfe. Mais en fait, on n’en sait rien et cela n’est qu’une hypothèse. On notera que le contingent italien (alors déployé entre les deux autres) n’a pas été visé. Pourtant l’Italie apportait elle aussi un soutien à l’Irak, notamment en lui fournissant des mines (qui ont fait tant de dégâts parmi les fantassins iraniens) et contribuait à la construction de la capacité nucléaire irakienne. Donc l’hypothèse de la vengeance iranienne n’est pas très cohérente. L’hypothèse la plus probable, est que des milices (chiites ?) ont voulu se venger ou pousser les contingents français et américains à cesser de participer aux opérations aux côtés de milices pro-gouvernementales. De fait, en s’associant avec des acteurs locaux, ces contingents n’étaient plus considérés comme des forces d’interposition, mais étaient devenus des parties au conflit. C’était clairement une erreur de stratégie de la France et des États-Unis (pour des raisons différentes). Mais il est évidemment difficile d’accepter que les attentats auraient résulté d’une erreur de stratégie !
  • Notons que les attentats ont été revendiqués par le Mouvement de la Révolution Islamique Libre (MRIL), une organisation inconnue, qu’on n’a jamais pu associer formellement au Hezbollah. De plus, comme je l’écris dans le livre, Caspar Weinberger, secrétaire à la Défense en 1983, déclarera en 2001 qu’on ne savait toujours pas qui étaient les auteurs des attentats!
  • Quant au fait que le Hezbollah existait déjà en avant 1985, c’est une pure spéculation : aucun document officiel ou publication spécialisée entre 1982 et 1985 (date de sa création officielle) ne le mentionnait. D’ailleurs, même les Américains – si rapides à désigner des groupes comme terroristes – n’ont porté le Hezbollah sur leur liste des organisations terroristes qu’en août 1997.
  • On notera par ailleurs, que le gouvernement français n’a considéré la branche armée du Hezbollah comme mouvement terroriste qu’en 2013, soit 30 ans plus tard ! Dans des circonstances d’ailleurs très discutables ! La décision a été prises après l’attentat de Burgas (Bulgarie) en 2013, où les Israéliens prétendaient que le Hezbollah en était l’auteur. Or il s’est avéré plus tard, que le procureur bulgare qui instruisait l’affaire a finalement retiré le Hezbollah de l’acte d’accusation, car aucun élément n’incriminait le Hezbollah dans cet attentat. Pourtant ni la France, ni l’Union Européenne ne sont revenues sur leurs décisions. Ce qui souligne ma thèse que des décisions importantes sont prises sur des informations erronées ou inexactes.
  • Pascal Boniface suggère que je réfute le fait que Bachar al-Assad soit un criminel de guerre. C’est tout simplement faux et cela ne figure nulle part dans mon ouvrage. En revanche, je conteste l’affirmation selon laquelle il chercherait à éliminer son propre peuple (ce qui n’a aucun sens) ainsi que la qualité et l’origine des informations et des chiffres qu’on avance pour affirmer et justifier cette accusation, et qui proviennent exclusivement de l’opposition (y compris pour les organisations internationales).
  • Quant à l’usage d’armes chimiques en Syrie, Pascal Boniface prétend que je cherche à nier que Bachar al-Assad les ait utilisées. C’est inexact. Je constate simplement – et décris en détail – qu’en août 2013, Obama ne s’est pas joint à Hollande, parce que son service de renseignement militaire (la Defense Intelligence Agency – DIA) avait des informations convaincantes que l’emploi d’armes chimiques à la Ghouta n’était probablement pas le fait du gouvernement, mais plutôt des rebelles. Concernant les deux incidents de Khan Sheykhoun (2017) et Douma (2018), le lecteur pourra constater que je conclus qu’on n’en sait rien… ce qui n’a pas empêché les Occidentaux de frapper la Syrie, avant même que des commissions d’enquête aient fait leur travail.
  • Je relève également dans mon livre qu’en avril 2017, soit deux jours après l’incident de Khan Sheykhoun, Pascal Boniface affirmait sur France 5, qu’il n’y avait « aucun doute » que Bachar al-Assad y avait utilisé des armes chimiques. Mais c’était probablement faux, puisque le président Emmanuel Macron, 10 mois plus tard, en février 2018, déclarait que « nous n’avons pas de manière établie par nos services la preuve que des armes chimiques proscrites par les traités ont été utilisées contre les populations civiles ». A la même époque, le général Matthis, alors secrétaire à la Défense américain, déclarait lui aussi que les services américains n’avaient aucune preuve de l’usage d’armes chimiques par l’armée syrienne en 2013 et 2017. Deux mois plus tard, après l’incident de Douma en avril 2018, Emmanuel Macron affirme détenir des preuves de l’utilisation d’armes chimiques, mais le même jour, le général Matthis affirme que les services américains sont toujours à la recherche de ces preuves….

Pour chaque point qu’il évoque dans sa vidéo, Pascal Boniface nie les affirmations d’acteurs de première main ou crée des certitudes à partir d’hypothèses. Je ne voudrais pas utiliser les mots « négationnisme » ou « complotisme » (car il n’a certainement pas d’intention politique ici), mais techniquement, il s’agit du même phénomène. C’est exactement ce que je dénonce dans mon ouvrage.

En fait, il n’a pas compris l’essence de l’ouvrage : contrairement à ce qu’il suggère, je ne dis pas qu’il faut douter de ce disent les gouvernements, mais des éléments qu’ils utilisent pour décider. Car en créant des certitudes à partir de suppositions et réarrangeant les faits, nous poussons nos gouvernements vers des décisions inappropriées et des interventions contraires au droit international aux conséquences imprévisibles.

A la différence d’un chercheur, l’analyste de renseignement produit des documents sur lesquels seront fondées des décisions. Ainsi, un chercheur comme M. Boniface peut se permettre de travailler sur des hypothèses sur la base d’intuitions, de présomptions ou de suppositions, c’est légitime, c’est son travail et c’est utile. Mais pour l’analyste de renseignement, le travail commence là où se termine celui du chercheur : il doit étayer son produit par des faits.

Or, paradoxalement, les faits sont une denrée rare. Les recueillir est un problème majeur dans des conflits complexes, avec des acteurs très différents, aux structures changeantes et quasi-impénétrables parce que très petites. Or, pour différentes raisons, les services de renseignement ont beaucoup moins d’agents sur le terrain qu’on ne l’imagine. C’est d’ailleurs la même chose pour la presse : pour faire des économies, on préfère avoir des « correspondants » qui glanent des informations, le plus souvent dans les rangs de l’opposition. Il en résulte que notre image du conflit n’est restituée qu’à travers un seul prisme : elle est donc partielle, mais – surtout – souvent partiale.

L’absence de faits ou de transparence sur les faits est la porte ouverte au complotisme. Techniquement, le complotisme est le fait de combler les manque d’informations en « réassemblant » les faits en fonction d’une logique et d’objectifs arbitraires. La création d’un « califat mondial » par les islamistes, la « domination du monde » par les juifs, l’élimination du peuple syrien par Bachar al-Assad, etc. sont typiquement des objectifs qui ont été imaginés par quelques obscurs chercheurs, qui ne sont confirmés par aucun élément concret, mais tendent à influencer des individus et des gouvernements.

Mon livre va exactement à l’opposé : il montre ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas, et ce que l’on sait mais ne veut pas voir. Il n’a pas pour objectif de blanchir ou disculper X ou Y, mais de montrer que les décisions de nos gouvernements sont trop souvent basées sur des informations très fragiles et très discutables. La crise du CoViD-19 n’échappe d’ailleurs pas au phénomène, même si elle ne fait pas l’objet du livre.

J’ai donc construit mon livre comme le fait un professionnel du renseignement et un lecteur averti pourra noter que le livre privilégie les sources officielles et de première main, en écartant toutes les informations provenant de sources liées à des extrêmes politiques ou complotistes.

Mon livre est en fait un plaidoyer pour un meilleur usage des services de renseignement, que les décideurs ignorent trop souvent pour prendre des décisions guidées par l’émotion. Car pour moi, déclarer qu’il n’y a aucun doute, alors qu’on ne connait pas l’état de la situation est non seulement intellectuellement malhonnête, mais aussi dangereusement excessif. Les présomptions qui deviennent certitudes engendrent des décisions qui nous conduisent souvent à agir au mépris du droit international, à pratiquer la torture, à frapper des populations civiles de manières disproportionnée, comme l’ont d’ailleurs dénoncé certains militaires français déployés en Syrie. En 2019, les Nations Unies ont observé qu’en Afghanistan les militaires internationaux tuaient plus de civils que ne le font les djihadistes ! On marche sur la tête !

Il est important de ne pas confondre nos sentiments, nos sympathies ou antipathies de citoyen avec les éléments de décision d’un gouvernement. Quoiqu’on pense d’un régime, l’émotion est rarement une solution. Si vraiment on voulait un changement de régime en Iran ou au Venezuela, il suffirait de lever toutes nos sanctions, car ce sont elles qui permettent à ces régimes d’entretenir une cohésion derrière eux. En Afghanistan, mon chauffeur (pachtoune), à la question de savoir ce qu’il pensait des Taliban, me répondait : « Nous n’aimons pas les Taliban, mais s’il faut choisir entre eux et les Occidentaux, nous les choisirons eux ! » Tout est dit.

Notre manière émotionnelle de traiter les crises ne résout rien. Mon expérience montre que dans les nombreux conflits dans lesquels j’ai été témoin, on aurait pu sauver des milliers de vies si on avait eu un doute avant d’agir.

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Terrorisme, complotisme, conspirationnisme, suite de l’entretien avec Jacques BAUD

-Jacques Baud, notre précédent entretien se terminait pas une remarque de votre part,  selon laquelle vos « détracteurs sont eux-mêmes des promoteurs de fausses informations et de conspirations » … Pourriez-vous nous en dire davantage à cet égard?

Jacques Baud: -Permettez-moi de vous répondre par un détour. Le point de départ de mon livre est le constat que notre lecture du terrorisme ne permet pas d’en venir à bout. En réalité, cette lecture est brouillée par toute une série de théories qui cherchent à offrir une image de la question, souvent à des fins politiques. On avance évidemment l’exemple du « 9/11 », dont les zones d’ombre ont permis à de nombreuses théories complotistes de fleurir. On combat – avec raison – celles qui impliquent un complot juif ou de la CIA, mais on accepte volontiers l’idée d’un « terrorisme mondialisé (…) où le djihadisme rongeant les bases de nos sociétés ouvertes et démocratiques, des assassins qui haïssent nos libertés et qui veut nous contraindre à changer notre manière de vivre et d’envisager l’avenir ».

Dans un « documentaire » intitulé « Complotisme, les alibis de la terreur », impliquant l’un des fondateurs de Conspiracy Watch et diffusé sur France 3 en 2017, Jacob Rogozinski va même plus loin en affirmant que les djihadistes cherchent à créer « un califat mondial, qui va s’emparer de Rome, qui va s’emparer de l’Europe, qui vaincra l’Amérique, qui établira un réseau mondial de vrais croyants, unis derrière un pouvoir souverain absolu ». Cette théorie, se base sur de nombreux écrits devenus très populaires en France ces dernières années, dont les plus fréquemment cités sont Eurabia de Bat Ye’or et   La Conquête de l’Occident  de Sylvain Besson, qui décrivent un projet des Frères Musulmans pour conquérir le monde chrétien, une idée reprise par le journaliste Mohammed Sifaoui dans son livre Taqiyya !

Or, que certains musulmans aient ou aient eu l’idée de conquérir le monde est très probable : on trouve exactement le phénomène symétrique en Occident. Mais en faire une doctrine relève purement et simplement du… complotisme. Le complotisme ou conspirationnisme est l’assemblage de faits (parfois vrais) et d’en occulter d’autres, afin de créer une cohérence artificielle au service d’un projet ou d’un objectif. C’est exactement ce que l’on fait avec la menace islamiste, que la forte présence musulmane en Europe alimente très opportunément.

Depuis des années, certains tentent d’associer des groupes palestiniens (comme le Hamas) au djihad global, afin de pouvoir lui appliquer la même intransigeance. Dans ce contexte, les Frères Musulmans sont devenus une cible commode : ils forment à peu près la seule structure islamique identifiable, que l’on pourrait associer à une action révolutionnaire. C’est pourquoi on lui attribue l’ambition de vouloir conquérir le monde.

Le problème est que cette idée de « conquête de l’Occident » alimente l’extrême-droite radicale et les conspirationnistes de tous bords. D’ailleurs, ironiquement, en 2014, Mattias Gardell, chercheur à l’Université d’Uppsala (Suède), publie un article dans la très sérieuse revue « Terrorism and Political Violence » où il constate qu’Anders Breivik (auteur du massacre d’Utoya en 2011), s’était inspiré « des travaux du théoricien du complot franco-suisse Sylvain Besson » (sic). Ennuyeux !…

En fait, cette apparente « conquête de l’Occident » ne résulte pas d’une machination islamique, mais de politiques d’immigration incohérentes, initiées dans les années 60-70 pour répondre à un besoin de main d’œuvre peu qualifiée. Mal gérée, souvent abandonnée, cette immigration s’est souvent réfugiée dans la petite criminalité et parfois dans le terrorisme.

Le terrorisme est une technique de combat qui cherche à atteindre un objectif stratégique par une action tactique. C’est un mode d’action – et non une doctrine – qui peut être utilisé aux fins les plus diverses (résistance à une occupation, mouvements révolutionnaires, libérations de prisonniers, etc.) Mais il y a toujours un objectif à atteindre, c’est pourquoi les terroristes revendiquent leur action : pour exposer cet objectif. Cela devrait nous servir pour comprendre ce qu’ils veulent et ajuster nos stratégies. Mais nous ne le faisons pas !

Le terrorisme djihadiste actuel est très simple : il s’agit de pousser les populations occidentales à exiger le retrait de leurs forces déployées au Proche- et Moyen-Orient. Je n’invente rien : l’Etat Islamique l’a expliqué à maintes reprises dans des vidéos et dans ses écrits doctrinaux, mais ces explications ne sont jamais présentées dans les médias. On préfère laisser croire l’idée d’un « califat mondial », même si c’est au prix de massacres comme à Christchurch ou à Utoya.

En fait, le modèle des djihadistes est l’attentat de Madrid en mars 2004, qui avait conduit au retrait des troupes espagnoles d’Irak. Mais cette stratégie ne peut avoir une chance de fonctionner que dans des pays où les gouvernements sont peu populaires ou dont les populations sont majoritairement opposées aux interventions, comme en Espagne en 2004, en Grande-Bretagne en 2005, en France en 2015-2017 et en Belgique en 2016. C’est pourquoi la France a été frappée en priorité, alors que son rôle en Irak et en Syrie est modeste (environ 6-9% des frappes de la Coalition).

Notre obsession à voir le terrorisme comme une tentative de détruire nos sociétés est absurde. Il en est ainsi des attentats de janvier 2015, dont le procès se déroule à Paris. On y voit une tentative de s’attaquer à nos libertés, etc. C’est un peu simple…

En 2006, en pleine crise des caricatures en Europe, des menaces d’attentats ont été diffusées dans la presse locale contre le personnel de la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS). J’étais alors chef du renseignement (JMAC) et j’ai été chargé par le Représentant Spécial du Secrétaire-général d’évaluer la menace sur la mission et ses personnels. Une réunion discrète a donc été arrangée avec des représentants de groupes islamistes soudanais – proches de la mouvance djihadiste. A mon arrivée, le « chef » des islamistes fait une remarque ironique sur les Chrétiens. Je lui dis alors : « Fais attention, parce que toi et moi avons le même Dieu ! ». Il me répond par un grand sourire et me dit : « C’est vrai assieds-toi et parlons ! ». La réunion s’est déroulée dans une grande sérénité et notre interlocuteur nous confie alors : « Nous savons que vos pays sont démocratiques, et nous ne contestons pas votre droit de publier ce que vous voulez ; mais lorsque vous voyez que cela nous blesse, pourquoi ne le reconnaissez-vous pas ? » À aucun moment il n’évoque la liberté d’expression et de la presse : toute la discussion tourne autour du respect et du vivre ensemble. À la question de savoir si la MINUS devait s’attendre à des actes de violence – qui était l’objet de la réunion – notre interlocuteur nous répond : « Nous avons parlé, il n’y aura pas de violence ! » Ils tiendront parole : aucune violence, ni verbale, ni physique ne sera exercée contre la MINUS en relation avec les caricatures…

Le problème est que la publication de ces caricatures par Charlie Hebdo en février 2006 est intervenue après que des incidents dans le monde avaient déjà fait environ 150 morts. C’est pourquoi Jacques Chirac l’avait qualifiée de provocation. Charlie Hebdo avait en tête le maintien de la liberté de la presse et le droit au blasphème, mais ce n’était pas vraiment le problème : les violences n’ont concerné pratiquement que le Danemark, qui avait refusé tout dialogue sur la question, mais pas la Norvège. Celle-ci a présenté des excuses officielles, non pour la publication elle-même – la liberté de la presse est même soulignée – mais pour l’offense qu’elle aurait pu constituer pour certains. En substance, c’est exactement ce que cet islamiste m’avait dit dans la banlieue de Khartoum.

Aveuglé par son idéologie, Charlie Hebdo n’a pu ou pas cherché à comprendre la vraie nature de l’enjeu. Comme toujours, nous parlons volontiers de société multiculturelle, mais nous refusons de comprendre les sensibilités des cultures auxquelles nous voulons nous associer. En février 2006, il ne s’agissait pas de renoncer à la liberté de presse ou d’expression, mais simplement d’expliquer et « d’emballer » cette publication… et non de jeter nos principes à la figure des musulmans.

En janvier 2015, les attentats n’avaient qu’un rapport indirect avec cette publication. En fait, pour répondre aux frappes françaises en Irak, les djihadistes n’ont pas voulu frapper de manière aveugle dans un lieu public ; au lieu de cela, ils ont « minutieusement choisi » (selon leurs termes) ceux qui – à leurs yeux – étaient les « plus coupables » : Charlie Hebdo et un magasin juif (à cause de la situation en Palestine). Tout cela n’est pas inventé : les djihadistes nous l’on expliqué en long en large et en travers dans leurs publications. Il suffit de lire pour comprendre. Le problème est que ces textes sont considérés comme de la propagande et, en France, leur simple détention pouvait être punie pénalement ! Il devient donc difficile de comprendre la logique terroriste. Avec un groupe de travail de l’OTAN en 2005-2006, nous avions fait une étude de la personnalité des terroristes et avons découvert que leur niveau d’intelligence moyen surpassait celui des forces de sécurité. Une étude qui a été confirmée récemment par les services britanniques. Donc imaginer que les terroristes pensent « détruire nos valeurs » et nos « libertés » avec quelques attentats est presque puéril.

La mesure la plus efficace pour lutter contre le terrorisme est de cesser d’aller bombarder des pays qui nous rien demandé…

Le terrorisme ne résulte donc ni d’un complot juif, ni de complots de la CIA, ni d’une volonté de conquête islamiste, ni d’obscurs projets des Frères Musulmans. Le terrorisme est tout simplement le résultat d’une asymétrie entre la détermination (des terroristes) et la sottise (des Occidentaux). Mon livre vise simplement à « démonter » des théories fallacieuses qui obscurcissent notre vision, limitent notre champ d’action à l’emploi de la force et nous empêchent de traiter efficacement la question du terrorisme. Je suis donc forcé de constater que ceux qui me dénigrent sont exactement les mêmes que ceux qui professent des théories très incertaines construites comme du… complotisme, dont le principal effet est de nous empêcher de comprendre le problème et de le résoudre…

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Liban, 2013-2020, histoire d’un drame

En pleine période virale, en pleine période de récession, Beyrouth s’enflamme. Les images de la ville dévastée nous ont toutes et tous choqué(e)s alors que la mort et la misère sont venues s’ajouter à celles déjà existantes.

Plusieurs médias relatent les faits dès le début, à savoir depuis le départ, en septembre 2013 du port géorgien de Batumi, d’un navire battant pavillon moldave, propriété d’un armateur russe vivant à Chypre, et avec à son bord un équipage pour majorité d’origine ukrainienne.

Ensuite, les versions divergent.

Le bateau devait se rendre avec sa cargaison de nitrate d’ammonium au Mozambique, ce que ce pays dément. Et puis, après avoir fait escale en Grèce, l’équipage du bateau aurait reçu ordre de la part de son propriétaire, de se rendre à Beyrouth pour y récupérer une cargaison supplémentaire.

Il s’agissait de rentabiliser le voyage, raison pour laquelle aurait dû être livré, depuis le Liban, du matériel de chantier à la Jordanie mais le bateau a été retenu au port de Beyrouth en novembre 2013.

C’est alors que la responsabilité de diverses instances libanaises sont en jeu qui se renvoient toutes la balle. Le fait est que seize personnes auraient été arrêtées dans le cadre de l’enquête ouverte après l’explosion qui a ravagé le port de Beyrouth et tant d’autres quartiers de la ville.

S’agissant de l’explosion, elle pourrait être due à des travaux de soudure effectués dans un hangar où des fissures à colmater avaient été signalées. Ce hangar abritait, pour sa part, des feux d’artifices et était voisin de celui où était stocké le nitrate d’ammonium.

Ces faits sont rapportés de la même manière dans plusieurs médias, à quelques petites nuances près. Puissent les interprétations qui leur seront données ne pas glisser vers autant d’accusations à l’emporte-pièce, c’est tout ce que l’on souhaite vu la complexité de l’affaire.

Pour ma part, je ne puis que dire combien je pense à toutes celles et ceux qui portent le Liban au plus profond de leur coeur tandis que le destin le frappe sans relâche depuis des dizaines et des dizaines d’années.

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A propos d’un entretien à venir, en lien avec la Russie

C’est après avoir lu, en Russie, la lettre ouverte que j’avais adressée à la Nobel de littérature 2015, Svetlana Alexievitch, que Denis Kleschev, écrivain, historien des mathématiques, journaliste et membre de la société indienne d’études en indianisme, m’a écrit.

Si, depuis lors, nous sommes restés en contact, c’est suite à de récents échanges de courriels que nous avons eus que j’ai souhaité lui poser quelques questions. Il a bien voulu se livrer à l’exercice de l’interview et je l’en remercie vivement.

Car je souhaite partager avec vous son regard, non seulement sur le referendum largement accepté, ce 1er juillet par le peuple russe, mais aussi sur la ville dans laquelle il vit.

Il s’agit d’Alapajevsk.

Ce nom résonne, bien sûr, pour qui connaît l’Histoire de la famille impériale russe. Mais sa renommée ne s’y limite pas et c’est ce dont nous parlera Denis Kleschev.

Située à près de mille cinq cents kilomètres à l’est de Moscou, Alapajevsk se trouve à un peu plus d’une centaine de kilomètres au au nord-est de Iekaterinbourg.

Je vous invite à découvrir, ces prochains jours, les entretiens que nous aurons avec mon interlocuteur que je remercie de sa participation tout comme je vous remercie, vous aussi, de réagir si vous le souhaitez.

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Ce 1er juillet, la Russie a voté

Ce 1er juillet, le peuple russe a été appelé à se prononcer dans le cadre d’un référendum visant à amender plusieurs articles de la Constitution.

Comme il se doit, cette consultation populaire a suscité nombre de commentaires et de réactions. Décriée ou saluée pour certains de ses aspects, une chose est sûre, elle a mobilisé l’opinion publique.

Et j’ai pu le constater de mes propres yeux tandis que l’occasion m’a été donnée d’assister durant la journée, au déroulement de ce scrutin à Genève.

Il s’est tenu dans l’un des bâtiments de la Mission permanente de la Fédération de Russie.

Les très nombreux bulletins de vote déposés dans l’urne en fin de journée attestaient d’une forte participation des citoyennes et des citoyens russes.

Autant dire que toutes et tous se sentent concerné(e)s, ce qui, en soi, est très positif.

Le résultat du dépouillement des « oui » et des « non » en réponse à la question de savoir si les amendements de la Constitution étaient acceptés ou pas ne manque déjà pas d’alimenter la controverse.

Laissons cela aux « spécialistes » et aux « experts », leur tâche ne consiste-t-elle pas précisément en cela, expliquer à tort ou à raison quand ce n’est pas à tort et à travers?

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Où sont les féministes? Où, les défenseurs et défenderesses de droits humains?

Serait-il utopique d’attendre la moindre manifestation féministe en faveur de femmes égyptiennes enlevées de force par des groupes islamistes pour être converties?

Doit-on être, de préférence, sans appartenance religieuse quelconque pour imaginer être reconnue comme femme méritant un soutien?

Lisez cet article et vous réaliserez ce qu’endurent autant de victimes d’abus!

Nombre de chrétiens préférèrent quitter leur pays, l’Egypte, plutôt que de risquer le pire du fait de leur appartenance religieuse.

Mais dans nos contrées, qui s’en soucie quand, au contraire, tout est mis en oeuvre pour effacer les traces d’une religion dont on ne se lasse pas de dénoncer les dérives?

Il y en a, certes et il y en a eu.

De là à abandonner à leur sort autant de femmes dont si peu de médias se soucient et nous informent, il y a un pas qui a de longue date été franchi.

Comme quoi, certains droits humains sont plus médiatisables que d’autres.

On le savait mais le rappeler n’est jamais vain. Surtout à l’heure de mobilisations en tous genres qui n’ont de but que de vandaliser notre Histoire et notre patrimoine culturel.

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En fait de deuxième vague…

En fait de deuxième vague supposée ou attendue du méchant virus venu d’on ne sait toujours pas où, c’est sur la vague de l’anti-racisme que surfe le monde médiatico-politique.

Comme si la censure exigée d’oeuvres perçues comme outrages à telle ou telle identité ne suffisait pas, ce sont des statues érigées en mémoire de personnalités historiques qui sont vandalisées.

Brader la mémoire collective ne grandit pas. Et davantage que ce mal au nom duquel se justifieraient autant de ses saccages, ce sont des radicalités qui se révèlent.

Qu’une souffrance soit ressentie au plus profond de leur chair par celles et ceux qui vivent une exclusion est une réalité.

Mais son mode d’expression fait la différence. Or se couper de ce qui a contribué, en bien et en mal, à l’accomplissement de soi, c’est s’amputer.

Dans ce sens, s’attacher à ne pas renier un passé mais au contraire, à l’intégrer, ouvre un horizon autrement plus prometteur que celui que borne la rage de détruire.

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Covid-19, entre domination et soumission

Dans la crise liée au covid-19, lequel d’entre nous oserait prétendre savoir ce qui s’est réellement passé pour qu’un virus parvienne à confiner la quasi totalité des pays de notre vaste monde?

Parce que, si comme toujours, certain(e)s nous sortent des explications développées avec preuves sinon arguments à l’appui, elles ne répondent qu’à leur vision du monde.

Or ce sont des luttes sans merci qui se mènent entre puissants, de quelques bords soient-ils. Car la soif de dominer ne se préoccupe que d’elle seule.

Alors oui, au sein des peuples, la colère gronde. Alimentée par la misère qui se profile pour nombre d’entre eux, il y a à craindre.

Sauf à se soumettre.

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Covid-19, la bataille idéologique fait rage

Dans la situation que nous vivons en relation avec le Covid-19, la politique a résolument pris le pas sur toute autre considération.

Aussi et comme toujours, n’aura-t-on que les traitements admis par tel ou tel pouvoir qui aura imposé sa conception du mal.

Tel protocole sera donc adopté par tel gouvernement à l’exclusion de tout autre. Sauf que la colère gronde. Car pour lutter contre un mal, ce sont de nombreux autres qui ont été générés.

Le confinement imposé a mis quantité d’entreprises à terre et créé une misère non seulement économique mais sociale et psychique aussi.

Comme toujours, un mal est exploité par qui y trouve son intérêt, rien de nouveau sous le soleil. Se résigner à ce genre de constat relève, au mieux de la sagesse, au pis, du fatalisme.

Que cela aide ou non, à chacune et à chacun de l’envisager comme elle et il l’entend.

Il n’en demeure pas moins que la lutte qui s’est assez vite engagée en relation avec le Covid-19 a tout autant tourné autour de la question de son origine que de sa médicamentation.

Et alors, tout y a passé. Les forces du mal se seraient liguées pour réduire la population, entre autre, et en prendre le contrôle.

C’est dans ce sens que s’est exprimé un ancien officier du renseignement russe, Vladimir Vassilievitch Kvachkov dont les propos ont d’abord été supprimés de youtube pour y réapparaître ensuite.

Ce qu’en pense le Kremlin, le sait-on seulement?

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En cette veille de semi-déconfinement helvète

Vous l’aurez constaté, un nombre impressionnant d’experts et de spécialises commentent ce que nous vivons depuis que le coronavirus a pris possession de nos vies pour en décider du rythme, du sursis ou du terme.

Ils sont invités à faire part de leurs travaux et, on l’a remarqué, les résultats s’avèrent souvent aléatoires et contradictoires. Mais c’est la norme, dans la recherche scientifique et c’est aussi bien ainsi.

Sauf que d’aucuns seraient plutôt enclins à l’absolu de solutions-miracles. Les voici, de fait, nous déclarer tout ce qu’ils savent alors que tant d’autres tâtonnent.

A autant de leurs lumières s’ajoutent les éclairages de philosophes qui, en un temps record de maturation, nous présentent déjà le fruit de leurs très profondes réflexions.

Et pour couronner le tout, sans mauvais jeu de mots et de maux en lien avec la couronne caractéristique du virus, les moralistes alignent les poncifs que leur inspire la crise qui frappe la planète entière.

Ainsi se conjuguent les approches des uns et des autres pour venir au chevet d’un mal dont on ignore à peu près tout sinon qu’il frappe et tue à l’improviste.

A autant de victimes et de combattant(e)s qui luttent, vont mes pensées en cette veille de semi-déconfinement helvète.