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La fausse bannière et le « Russiagate », suite des entretiens avec Jacques Baud

-Dans notre précédent entretien, Jacques Baud, vous nous avez rappelé d’où la « fausse bannière »  tire son origine. Vous avez également cité des exemples fort éloquents d’opérations menées sous fausse bannière.  Qu’en et-il, selon vous, des cyberattaques dont il paraît si délicat de savoir d’où elles proviennent et ce qu’elles visent?

Jacques BAUD: -La forme moderne de la « fausse bannière » est l’exploitation des cyberattaques, dont l’attribution ne peut jamais être affirmée avec certitude. Ces dernières années, de telles attaques ont été attribuées à la Russie, à la Chine ou à l’Iran sans que l’on n’ait pu définir précisément la raison de les mener. En fait, c’est devenu un prétexte pratique pour les pays occidentaux, de pointer du doigt leurs ennemis et prendre des mesures contre eux. 

L’archétype de ce type de problème apparait en 2007 : après que les autorités estoniennes ont entrepris de déplacer un monument dédié aux combattants soviétiques contre l’Allemagne nazie, le pays est complètement paralysé par une attaque informatique sans précédent. Les Occidentaux accusent immédiatement le gouvernement russe, affirmant que même s’il n’est pas impliqué directement, l’action n’aurait pas pu avoir lieu sans son approbation ! C’est de la désinformation.

En réalité, la responsabilité du gouvernement russe est très loin d’être démontrée : sur les 3 700 adresses IP qui ont déclenché l’attaque, 2 900 étaient russes, 200 ukrainiennes, 130 lettones et 95 allemandes. Un expert de la firme de sécurité informatique finlandaise F-Secure affirme :

En pratique, il n’y a qu’une seule adresse IP qui mène à un ordinateur gouvernemental. Il est bien sûr possible qu’une attaque ait également été lancée à partir de là, mais la personne impliquée peut être n’importe qui, du concierge d’un ministère à plus haut.

Donc, on accuse sans savoir : strictement rien ne démontre une implication des autorités russes et tout indique qu’il s’agit d’une action de la société civile, révoltée par la politique estonienne vis-à-vis de la minorité russophone. D’ailleurs, en janvier 2008, c’est un jeune Estonien russophone qui est arrêté et condamné pour cette attaque… Mais on continuera à accuser la Russie…

-Tout comme on l’a accusée d’ingérence dans l’élection américaine en 2016, pour ne citer que ce cas…

Jacques BAUD: -En 2016, l’ingérence de la Russie dans l’élection américaine est invoquée… En fait, c’est une histoire très technique, qui combine l’élection de Trump, les « magouilles » du parti Démocrate pour éliminer Bernie Sanders de la primaire du parti, et la fuite de courriels classifiés qu’Hillary Clinton avait envoyé sur un serveur privé afin d’échapper au contrôle parlementaire. Chacun de ces sujets mérite un développement séparé et je renvoie les lecteurs à mon livre « Gouverner par les Fake News » qui explique tous les tenants et aboutissant de l’histoire. 

Le fond de l’affaire était de délégitimer la victoire de Donald Trump, que personne n’avait anticipée. En fait, comme à leur habitude, nos médias avaient analysé la campagne en fonction de leurs professions de foi et non des faits : la préférence du peuple américain était inconcevable… à moins d’avoir été soutenue par l’étranger ! Avec le recul et en dépit du désastre de la crise de la CoViD, l’écart très étroit entre Trump et Biden en 2020 montre que le soutien populaire pour Trump était bien là en 2016 et qu’il n’avait pas besoin d’aide extérieure. D’ailleurs, les comptes de la campagne de 2016 et de 2020 montrent que les Démocrates qui ont dû déployer plus de ressources pour convaincre leur électorat. Mais les complotistes ont la dent dure…

-A qui attribue-t-on précisément cette « ingérence russe »?

Jacques BAUD: -On attribue l’ « ingérence russe » à l’Internet Research Agency (IRA), qui serait une « ferme à trolls » associée au Kremlin. Les Occidentaux pointent du doigt les entités « APT 28 (FANCY BEAR) » et « APT 29 (COZY BEAR ou GRIZZLY STEPPE) », que l’on prétend affiliées respectivement au GRU (renseignement militaire russe) et au FSB (service de sécurité russe). Ces désignations sont en fait totalement arbitraires et se basent simplement sur la signature des méthodes  de hacking utilisées. Quant à leur affiliation aux services russes, elle est aussi totalement fantaisiste, d’ailleurs aujourd’hui, constatant que ces affiliations n’avaient aucun sens, on les attribue au SVR (renseignements extérieurs russes). Ce qui démontre qu’il ne s’agit pas de constatations, mais d’hypothèses basées sur des professions de foi.   

Quant à l’ingérence elle-même, pour résumer, selon Facebook, des « Russes » auraient dépensé 100 000 dollars pour environ 3 517 publicités entre juin 2015 et mai 2017. Selon l’université d’Oxford, ce montant s’élèverait à 73 711 dollars ; dont seulement 46 000 dollars avant l’élection. Google a trouvé que des « agents » ont acheté des publicités pour 4 700 dollars en « utilisant des comptes soupçonnés d’être liés au gouvernement russe » ; ainsi que pour 53 000 dollars d’annonces à vocation politique dont les paiements ramènent à la Russie, mais dont « on ne sait pas s’ils étaient liés au gouvernement russe », y compris 7 000 dollars pour promouvoir un documentaire contre Donald J. Trump, et 36 000 dollars pour demander si le président Barack Obama devait démissionner, ainsi que des annonces qui promouvaient le message d’Obama.

Un rapport commandité par la Commission sénatoriale du Renseignement (SSCI) constate que seuls 11 % des « posts » attribués aux « Russes » avaient un contenu politique, dont 33 % seulement ont déclenché une action associée (« engagements »). Les « posts » qui nomment Clinton ou Trump ne représentent que 6 % des tweets, 18 % des posts sur Instagram et 7 % des posts sur Facebook. Ainsi, non seulement la majeure partie des publicités n’avaient pas de caractère politique, mais seulement 277 ont touché les États-clés, déterminants pour la victoire de Trump.

Selon Facebook, environ 10 millions de personnes auraient vu au moins une des publicités payées par des Russes, dont 44 % avant les élections, et 56 % après, tandis qu’environ 25 % étaient destinées à des profils particuliers et n’ont jamais été vues par personne.

Le 6 janvier 2017, un rapport est publié par l’Office du Directeur du Renseignement National (ODNI) sur les tentatives d’ingérence supposées de la Russie, qui suit l’audition des représentants de certaines agences. Le journal Libération affirme :

Auditionnées ce jeudi au Sénat, les 17 agences d’espionnage estiment que « seuls les plus hauts responsables russes ont pu autoriser les vols et publications de données liées à l’élection ».

Laissant ainsi croire que l’ensemble des services de renseignement approuvent les conclusions du rapport. BFMTV va plus loin en affirmant que « l’implication de Poutine est confirmée », changée plus tard en « l’implication des Russes dans l’élection confirmée ». En réalité ces médias mentent. En juin 2017, le New York Times accuse Trump de…

refuser encore de reconnaître un fait essentiel sur lequel se sont accordées 17 agences de renseignement américaines et qu’il supervise désormais : la Russie a orchestré les attaques et l’a fait pour l’aider à se faire élire.

Mais quatre jours plus tard, la rédaction corrige l’article en précisant que seules quatre agences ont soutenu l’accusation contre la Russie : l’ODNI, la CIA, le FBI et la NSA. Or, même parmi celles-ci il n’y a pas unanimité : si la CIA et le FBI ont une « haute confiance » dans l’implication de la Russie, la NSA (la seule agence capable de scruter le cyberespace), n’en a qu’une « confiance modérée ».

En 2020, un rapport secret des services de renseignement américains constatent que John Brennan, Directeur de la CIA, a fait comme Donald Rumsfeld en 2002, en faisant rédiger le rapport par des analystes choisis au sein de quelques agences de renseignements. On a délibérément écarté les services plus « réservés » sur la question, comme l’Agence de renseignement militaire (DIA), et les analystes qui estimaient que « Moscou préférait Clinton parce qu’elle travaillerait avec ses cadres, alors que l’on craignait que Trump ne soit trop imprévisible ». En clair : les accusations contre la Russie sont purement spéculatives. Et cependant, notre presse les relatera…

Le 18 janvier, Barak Obama lui-même avoue que le rapport est « peu concluant » sur la question du hacking et de la manière dont WikiLeaks a eu accès aux e-mails du Parti démocrate. Mais ici encore, les médias mainstream complotistes ne relèveront pas cette réserve…

En réalité, la stratégie de l’Internet Research Agency (IRA) s’apparente davantage à du marketing numérique qu’à une stratégie d’influence. Loin d’avoir la configuration d’une opération sophistiquée de propagande, il s’est agi d’un travail beaucoup plus simple, fonctionnant avec des « pièges à clicks » destinés à gagner de l’argent. C’est tout. 

D’ailleurs, les liens entre l’IRA et le Kremlin ne sont pas avérés. L’acte d’accusation contre l’IRA, établi par Robert Mueller en février 2018, ne mentionne aucun lien avec le gouvernement russe. En outre, en juillet 2019, dans un avis et l’ordonnance qui l’accompagne, le juge fédéral Dabney L. Friedrich reproche au Rapport Mueller de suggérer que des activités d’influence « ont été entreprises au nom du gouvernement russe, sinon sous sa direction », alors qu’aucun élément ne lie l’IRA au gouvernement russe. Dans cette perspective, les affirmations de France24, BFMTV et d’autres relèvent tout simplement du complotisme : on crée des liens et des mécanismes de complot là où il n’y en a pas et on transforme des initiatives de trolls qui cherchent à gagner de l’argent en complot politique.

Le 14 juin 2016, parti Démocrate mandate CrowdStrike, une compagnie privée, pour démontrer l’implication de la Russie. 

Le 7 mai 2020, la Commission parlementaire du Renseignement décide de déclassifier et publier un certain nombre d’auditions de témoins du Russiagate, parmi lesquelles celle de Shawn Henry, président de CrowdStrike. Il affirme qu’il n’avait « pas de preuve concrète que des données ont été exfiltrées du CND, mais des indications qu’elles ont été exfiltrées ». Le terme « exfiltré » laisse deux possibilités ouvertes : que les données ont été prises de l’extérieur (hacking) ou qu’elles ont été téléchargées sur un support local (clé USB). Questionné sur ces « indications », il confesse « que les données ont été préparées pour être exfiltrées, [ils n’avaient] tout simplement pas la preuve qu’elles sont effectivement parties ». Ce qu’il décrit suggère que les données (e-mails) ont été rassemblées avant d’être « exfiltrées », ce qui indique un téléchargement et non un hacking. En clair : on n’en sait rien, et les accusations contre la Russie ne sont que des spéculations.

Naturellement, les mêmes accusations ont été portées contre la Russie à l’occasion du vote sur le Brexit. Mais là aussi, malgré les efforts pour exploiter ces accusations afin d’invalider le vote, on peut constater que qu’ils relèvent de la mauvaise foi et des mauvaises pratiques journalistiques.  

Sur Twitter, 419 comptes – considérés comme basés en Russie – ont émis 3 468 « tweets » sur le thème du Brexit, dont 78 % après le vote ! Le montant total dépensé par Russia Today en publicités sur Twitter s’élève à £767 (env. CHF 950) ; tandis que sur Facebook des comptes liés à la Russie ont dépensé au total… moins de €1 pour trois publicités, toutes liées à l’immigration, sans mentionner le Brexit !  Mais cela n’empêche pas le journal Libération d’affirmer qu’il y a eu une ingérence russe dans le scrutin, sans donner un seul élément qui le confirme. À part des considérations générales sur des actions attribuées à la Russie (comme une panne électrique le jour du scrutin), la journaliste joue sur la confusion entre ce qui « vient de Russie » et ce qui serait mené par le gouvernement russe.

-Jacques Baud, les constats que vous dressez sont loin d’êtres anodins! Ils révèlent, en tous les cas, à quel point nos médias se contentent de relayer des soi-disantes informations qui, comme vous venez de le démontrer, sont sans fondement assuré ni confirmé. 

Jacques BAUD: -Au fil des mois, l’ingérence russe dans la présidentielle américaine apparaît comme une gigantesque mystification. Ainsi, les médias ont mis le projecteur sur les attaques contre le Comité national démocrate (CND), mais bien peu ont mentionné que le Comité national républicain (CNR) avait également été l’objet d’attaques informatiques. De même, ils se sont concentrés sur la manière dont les courriels du CND ont été obtenus, mais ont négligé leur contenu, qui aurait pu être dévastateur pour le parti démocrate. Finalement, le Russiagate a été une manière magistrale de masquer les faiblesses de la candidate démocrate et de sa stratégie.

La lecture française de la présidentielle américaine est basée sur une réflexion linéaire, influencée par sa propre culture politique, où l’impact d’une stratégie de campagne est faible. Or, dans le système américain des Grands Électeurs, qui donne aux États un poids différent, la stratégie a une importance considérable. Ainsi le site Fivethirtyeight, de la chaîne ABC News, a-t-il comparé les stratégies des deux candidats : le Wisconsin était un État-clé mais Hillary Clinton ne l’a pas visité une seule fois durant la campagne. En fait, la candidate démocrate a délaissé les États qu’elle considérait comme « acquis », alors que l’équipe Trump s’est concentrée sur les États qui pouvaient « lui rapporter le plus ».

En octobre 2019, la Commission sénatoriale du Renseignement publie son rapport final, émaillé de préjugés simplistes et d’affirmations gratuites, mais confirme néanmoins que :

L’écrasante majorité du contenu diffusé par l’IRA n’exprimait pas de soutien clair à l’un ou l’autre des candidats à la présidence.

Un mois plus tard, le Journal de l’Académie des sciences américaine publie une étude approfondie des « tweets » durant la campagne électorale, qui conclut que les comptes créés par l’IRA n’ont pas eu d’impact sur le comportement des électeurs. Une étude conduite en 2017 indique que le Russiagate n’est que l’« hystérisation » d’une campagne de « pièges à clics » menée par des groupes d’informaticiens en Russie et en Roumanie pour gagner de l’argent. Si le gouvernement russe s’était effectivement ingéré dans l’élection, on ne voit pas exactement pourquoi et comment la Russie aurait mis à profit ce travail, puisque rien n’indique qu’elle a été faussée.

La question ici – comme dans les autres affaires que l’on attribue sans aucune preuve à la Russie (et à Poutine) – est: Pourquoi la Russie prendrait-elle des risques politiques aussi énormes pour des gains aussi minimes? Alors que nos médias se plaisent à présenter Poutine comme un joueur d’échecs, une telle gestion des affaires défierait la logique. 

Par ailleurs, il est assez pathétique de voir le pays qui a fomenté des coups d’État plus de 60 pays, qui s’est le plus impliqué – y compris de manière criminelle – dans les affaires d’autres pays, qui a soutenu et organisé des actes terroristes, et a tenté d’assassiner Fidel Castro 638 fois (!), pleurnicher aujourd’hui sur l’éventualité que d’autres puissent s’ingérer dans ses affaires. 

Il est tout aussi pathétique de voir nos médias et nos journalistes se contenter d’informations aussi sommaires pour porter des jugements. Car aujourd’hui, malgré le fait que rien n’a démontré une responsabilité du gouvernement russe dans cette affaire, on continue à en faire une vérité intangible : nos journaux et bien de nos journalistes auraient fait merveille dans les années 30 en Allemagne ou en Italie ! Vous ne me croyez pas ? Nous y reviendrons dans notre prochain entretien…

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Affaire Navalny, quelques questions à Jacques BAUD dans le cadre de nos entretiens

-Jacques BAUD,  dans nos entretiens dont je rappelle le lien qui renvoie à l’ensemble des sujets que nous avons abordés, il a été question de complot, de complotisme, de conspirationnisme et de guerre d’influence. Dans laquelle de ces catégories placeriez-vous la tentative d’empoisonnement qui a visé le blogueur russe Alexeï Navalny que nos médias s’obstinent à nous présenter comme « principal opposant » de Vladimir Poutine alors que de longue date, toutes celles et ceux qui savent ce qu’il en est du poids politique réel de cet homme, ne cessent de rappeler qu’il dépasse pas même les doigts d’une seule main et que, de fait, Navalny ne représente aucun « danger » pour le Kremlin. Mais il semble que le mettre en cause importe vu que, récemment encore, il a été rappelé qu’il était « dans le collimateur du Kremlin », selon RFI pour ne citer que ce site tandis que Le Monde y va aussi de sa version.

Quel est votre regard sur cette affaire et sur son traitement médiatique occidental?

Jacques BAUD: – Comme nous l’avons vu, les médias occidentaux relaient la propagande américaine. Les phénomènes inexpliqués sont presque automatiquement attribués à une cause unique et indiscutable : des « complots » ourdis par les services secrets – sous la conduite directe des dirigeants – pour éliminer les individus qui ne leur plaisent pas. En fait, c’est la définition exacte du « complotisme »

Ainsi, en août 2013, plusieurs médias francophones comme BFMTV, Atlantico ou la Tribune de Genève, et anglo-saxons, comme The Telegraph, USA Today ou CNBC répercutent la propagande de l’extrême-droite sud-coréenne et annoncent que Kim Jong-Un aurait fait fusiller sa petite amie Hyon Song-Wol… Mais cette dernière réapparait en mai 2014 à la télévision, contraignant certains à reconnaitre la piteuse qualité de leur travail journalistique ! En juin 2019, le journal britannique The Mirror constatera que les rapports sur sa disparition avaient été « beaucoup exagérés » !… Ah bon ?

En mai 2015, BFMTV, Le Point, RTL et d’autres médias annoncent que Kim Jong-Un aurait fait empoisonner sa tante Kim Kyong-Hui parce qu’elle se serait opposée à la construction d’un « acquaparc » ! Pourtant, en janvier 2020, elle réapparait en public aux côtés de Kim Jong-Un, et la BBC évoque même qu’elle aurait un nouveau rôle au sein du régime.

Durant la présidence de Donald Trump, nos médias diffusent ses mensonges et soutiennent – sans aucune analyse critique – sa politique de discorde internationale, corollaire de la doctrine de l’ « America First ». En février 2016, les médias, dont la Tribune de Genève, annoncent l’élimination du général Ri Yong-Gil, chef d’état-major de l’Armée populaire… mais il réapparait quelques mois plus tard, au Congrès du Parti communiste … avec une promotion !

Le 31 mai 2019, la presse occidentale – comme France 24, le New York Times, Reuters et d’autres – annonce que Kim Jong-Un « aurait fait exécuter des collaborateurs » pour « se venger », dont Kim Hyok-chol (principal négociateur du sommet avec le président Trump). Mais le même jour, Kim Hyok-Chol est vu en public alors qu’il assiste à un spectacle réalisé par son épouse.

Il y a donc de « bons complotismes » (comme ceux qui attribuent des complots à la Russie, à la Chine, à l’Iran, etc.) et de « mauvais complotismes » (qui mettent en doute les attributions de complots à la Russie, etc.)

L’affaire Navalny, qui a défrayé la chronique ces derniers mois, fait partie de ce « complotisme de bon aloi », propagé par nos médias. Rappel des faits : le 20 août 2020, l’opposant russe Alexeï Navalny souffre de douleurs lors du vol qui le ramène de Tomsk à Moscou. L’avion fait alors un atterrissage d’urgence à Omsk afin de permettre son hospitalisation d’urgence. Le 22 août, à l’initiative d’une ONG allemande, Navalny est transporté en Allemagne, pour être hospitalisé à la clinique de La Charité à Berlin jusqu’à sa sortie en octobre. L’entourage de Navalny, et les médias occidentaux accusent le gouvernement russe d’avoir tenté d’empoisonner l’opposant. En décembre, Navalny met en ligne une vidéo le présentant en train de téléphoner à l’un de ses empoisonneurs avec l’assistance de l’organisation Bellingcat.

Mais qu’en est-il en réalité ? Tout d’abord, qui est Alexeï Navalny ?

Les médias de propagande occidentaux le présentent comme « chef de file » ou « leader » de l’opposition. Pourtant, comme le reconnait les Checknews du journal Libération, c’est simplement l’opposant le plus visible. On utilise le prétexte son Fond de Lutte contre la Corruption (FBK) pour le présenter comme un démocrate, mais on en est bien loin : en 2007, il est expulsé du parti de centre-droite « Yabloko » en raison de ses « activités nationalistes » à tendance racistes. Ses idées ultra-nationalistes et d’extrême-droite, l’apparentent davantage à ce que l’on appelle un « populiste » en Occident : la vidéo où il met en scène le fait d’abattre un migrants tchétchènes en Russie est éloquente. D’ailleurs, c’est en drainant les votes des extrêmes de droite et de gauche – qui ne sont pas assez nombreux séparément pour participer à des élections – qu’il a mis au point le concept de « smart voting ». Ainsi, son « succès » aux municipales de Moscou en 2013, où « il » obtient 27% (et non 30%, comme le prétend Wikipédia), est, en fait, celui d’une coalition très disparate politiquement et dont les rivalités internes sont très fortes, même si les extrêmes finissent par se ressembler.

En réalité, sa popularité est faible. Un sondage effectué entre le 20 et le 26 août 2020 (juste après « l’empoisonnement ») par le Centre Levada (financé par les Américains et considéré en Russie comme « agent étranger ») montre la différence de popularité entre Vladimir Poutine et Alexeï Navalny.

Par ailleurs, les sondages effectués par l’institut indépendant VCIOM à la fin août 2020, après la tentative « d’empoisonnement » de Navalny, montrent une légère augmentation de l’approbation de l’action du président Poutine.

En fait, la popularité de Navalny dans les médias occidentaux lui nuit plus qu’elle ne le sert : les Russes tendent à y voir une marionnette de l’Occident. Par ailleurs, il faut également mentionner ici que Navalny – qui a commencé sa carrière comme « dépeceur » d’entreprises (en revendant les branches les plus lucratives et en abandonnant les autres) est sous le coup de plusieurs inculpations pour détournements de fonds et blanchiment d’argent. C’est important, car dans le cadre de ces procédures, il n’est pas habilité à quitter le territoire russe.

Cela étant, la manière dont il a été empoisonné reste un mystère.

-Justement, que disent les différentes versions qui ont été livrées de cette tentative d’empoisonnement?

Jacques BAUD: -Dans une première version, son entourage affirme qu’il a été empoisonné en buvant du thé à l’aéroport de Tomsk. Mais problème : on constate que le thé lui a été servi par un de ses proches. Son entourage évoque alors une deuxième version : un empoisonnement avec les bouteilles d’eau bues à l’hôtel. Ces bouteilles sont récupérées à l’hôtel le 20 août par l’équipe de Navalny, restée à Tomsk. Le Sun publie la vidéo en effaçant les commentaires de la femme de chambre appelant à ne rien toucher avant l’arrivée de la police, afin de cacher que la scène de crime présumée a été altérée. Dès lors, l’intégrité de la chaine de traçabilité n’est plus assurée ; ce que les partisans de la théorie du complot ne mentionneront évidemment pas. L’entourage de Navalny prétendra avoir apporté les bouteilles en Allemagne pour analyse. Mais les « scans » des bagages examinés à l’embarquement – dont les photos ont été publiées par le média privé REN TV (appartenant pour 30% au groupe RTL) – ne montrent aucune bouteille (qui aurait de toute façon été confisquée), tandis que les caméras de surveillance montrent qu’une proche de Navalny achète de l’eau dans un distributeur automatique après le contrôle des bagages. De toutes façons, selon la BBC, Navalny n’aurait rien ingurgité d’autre que son thé à l’aéroport ce matin-là. Par ailleurs, on pourrait s’étonner du fait que ces bouteilles n’aient jamais été soumises aux médecins qui soignaient Navalny à Omsk et qui auraient – théoriquement – pu aider à éclairer son traitement…

Les partisans de Navalny avancent alors une troisième version : l’empoisonnement des slips de Navalny, révélée par le très médiatisé appel de Navalny (aidé des activistes de Bellingcat), à un « agent du FSB », diffusé en boucle sur les médias occidentaux.

-Et de ce poison, qu’en sait-on exactement? Y a-t-il une part des choses à faire entre sa réalité et ce qui en est énoncé dans la majorité de nos médias?

Jacques BAUD: -Tout d’abord, je dois vous dire que comme spécialiste en armes chimiques de l’Armée, je n’avais jamais entendu parler du Novichok avant 2006, avec la publication du livre de Vil Mirzayanov, un de ses concepteurs. Et pour cause : c’est un toxique de combat qui n’a jamais été adopté par l’URSS/Russie et qui n’a été qu’un produit de la recherche soviétique dans les années 80, rapidement abandonné en raison de sa difficulté à être manipulé sur le champ de bataille. Depuis le début des années 90, les laboratoires qui l’avaient développé appartiennent à des républiques indépendantes. Mais le Novitchok a été synthétisé par certains pays occidentaux comme l’Allemagne, les États-Unis, la Tchécoslovaquie, l’Ukraine ou la Grande-Bretagne à des fins diverses.

Le Novichok a été révélé au grand public par l’affaire Skripal en 2018. C’est un toxique qui fait partie de la catégorie des toxiques innervants (également appelés « neurotoxiques » ou « nervins » dans l’armée suisse). Comme vous le savez, nos muscles se contractent grâce à l’acétylcholine (ACh) libérée dans les synapses de nos nerfs moteurs, et se relâchent grâce à l’effet d’une enzyme qui « neutralise » l’acétylcholine : l’acétylcholinestérase (AChE). Les neurotoxiques agissent en inhibant l’AChE. Autrement dit, les muscles se contractent et ne se relâchent plus : c’est une crampe généralisée, qui bloque le cœur et la respiration, provoquant la mort. Il existe plusieurs sortes de neurotoxiques : les agents G (comme le sarin), les « moins » toxiques, dont la dose létale est de l’ordre de 1mg ; les agents V (comme le VX) un peu plus toxiques, avec une dose létale de l’ordre de 0,5-0,1mg ; et les agents de type Novichok, dont la dose létale est d’environ 0,2-0,1mg. On parle donc de quantités infimes, qui peuvent tuer un individu en moins de deux minutes. Cela étant, les inhibiteurs d’AChE ne sont pas propres aux neurotoxiques de combat : on les trouve également dans les insecticides (à partir desquels ont été développé les toxiques de combat) et dans certains traitements contre des maladies neurologiques. En 2019, à la demande de la Russie, les formules de quatre agents apparentés au Novichok ont été ajoutées à la liste de l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OIAC).

-Jacques BAUD,  merci de ces précisions de première importance. Dans ce sens, que pouvez-vous nous dire de ces tentatives d’empoisonnement qui ont visé les Skripal et Navalny? Sont-elles du même ordre? Et si non, en quoi différent-elles selon vous?

Jacques BAUD: -Le jeudi 20 août, à Omsk, Navalny est hospitalisé d’urgence. Ses symptômes sont très différents de ceux des Skripal en 2018. Contrairement à ce que suggère la presse occidentale (comme la RTS), le coma ne résulte pas de l’empoisonnement, mais de la décision des médecins de le mettre en coma artificiel afin de faciliter son oxygénation (selon le même principe que les malades de la CoViD-19). Compte tenu de ses symptômes, les médecins le traitent immédiatement contre un empoisonnement, mais les tests réalisés ne montreront pas de traces d’inhibiteurs d’AChE, comme le montrent les photos publiées par le média d’opposition russe Meduza, basé en Lettonie. A la demande d’une ONG allemande, et malgré son interdiction de quitter le territoire russes pour des raisons judiciaires, les autorités russes donnent leur accord pour qu’il soit traité en Allemagne. Il est transporté en avion le vendredi 21 dans l’après-midi.

Selon le New York Times, à peine Navalny arrivé en Allemagne, des agents de la CIA américaine et du MI6 britannique étaient auprès des autorités allemandes pour leur donner des détails sur les agents russes « impliqués ».

Le 24 août, dans un communiqué de presse, l’hôpital de la Charité déclare que les analyses cliniques « indiquent une intoxication par une substance du groupe des inhibiteurs de cholinestérase ». Pourtant les médecins d’Omsk n’en n’avaient pas détecté. Alors : complot ? Non, pas forcément. Comme l’explique le média d’opposition Meduza, les médecins allemands ont cherché à prouver un empoisonnement, alors que les médecins russes ont cherché la cause de la maladie. Le média constate qu’ils n’ont donc pas cherché – ni trouvé – la même chose, ce qui est cohérent.

L’Allemagne fait alors une demande d’assistance à l’OIAC, qui envoie une équipe pour prélever des échantillons de sang et d’urine à des fins d’analyse le 6 septembre.

Le 14 septembre, le gouvernement allemand publie une déclaration dans laquelle il informe qu’il a chargé des laboratoires suédois et français d’analyser des prélèvements faits sur Navalny. Il affirme que sur la base de prélèvements sur Navalny, un « laboratoire spécial » (en fait : l’Institut für Pharmakologie und Toxikologie der Bundeswehr (IPTB) de Munich) a réalisé un test toxicologique qui a fourni « la preuve irréfutable d’un agent neurotoxique chimique du groupe Novichok », confirmé par les laboratoires français et suédois.

Comme dans le cas de l’affaire Skripal, en 2018, le gouvernement allemand n’est pas en mesure d’affirmer que le toxique est d’origine russe. En 2018, Gary Aitkenhead, directeur du laboratoire de Porton-Down s’était opposé à ce que le Novichok soit attribué à la Russie, c’est pourquoi, le 12 mars, devant le Parlement, Teresa May avait dû utiliser la formulation « d’un type développé par la Russie », qui sera reprise par la suite par l’OTAN. Le 20 mars Boris Johnson mentira en affirmant qu’Aitkenhead avait confirmé l’origine russe du Novichok. Naturellement, les médias occidentaux complotistes ne reflèteront pas cette nuance, la Tribune de Genève ajoutant même un « point Godwin » en affirmant que les agents VX ont été « conçus par l’Allemagne nazie », ce qui est faux (mais vrai pour le Sarin).

Le 6 octobre, l’OIAC publie son rapport et observe :

Les biomarqueurs de l’inhibiteur de la cholinestérase trouvés dans les échantillons de sang et d’urine de M. Navalny ont des caractéristiques structurelles similaires à celles des produits chimiques toxiques appartenant aux tableaux 1.A.14 et 1.A.15, qui ont été ajoutés à l’annexe sur les produits chimiques de la Convention à la Vingt-quatrième session de la Conférence des États parties en novembre 2019. Cet inhibiteur de la cholinestérase ne figure pas dans l’annexe sur les produits chimiques de la Convention.

Le rapport conclut que Navalny « a été exposé à un produit chimique toxique agissant comme un inhibiteur de la cholinestérase ». Le biomarqueur est nommé dans la version classifiée du rapport, mais pas l’inhibiteur de la cholinestérase, qui ne figure pas sur la liste des produits considérés comme arme chimique.

Le 12 décembre 2020, le Times de Londres, suivi par le New York Post et DW, affirment que Navalny a été l’objet d’une seconde tentative d’empoisonnement « par le Kremlin » à l’hôpital d’Omsk avant son départ pour l’Allemagne. Cette accusation n’est rendue possible que parce que les proches de Navalny cachent des informations.

Car le 22 décembre, dans la revue médicale The Lancet, les médecins allemands publient leur rapport préparé par David Steindl, spécialiste des pathologies musculo-squelettiques et Kai-Uwe Eckardt, spécialiste du diabète et des greffes rénales. On y apprend alors que le vendredi 21 août, 31 heures après l’hospitalisation de Navalny, un médecin allemand est à Omsk aux côtés de Navalny, et qu’au moment de son transport « son état s’est légèrement amélioré ». Les partisans de Navalny – et les complotistes de tout poil – ont évidemment caché ce détail afin d’accuser les médecins russe de complicité « avec le pouvoir ». Ainsi, les médecins russes ont non seulement stabilisé Navalny, mais leur traitement a été efficace : les proches de Navalny et les médias ont donc menti (une fois de plus).

Quant à l’affirmation que les médecins russes « l’ont probablement gardé en Sibérie assez longtemps pour qu’on ne puisse plus déceler le poison », elle est fréquemment avancée par les complotistes (c’est-à-dire : qui voient des complots partout) d’extrême-droite, et des journalistes à l’éthique douteuse. En fait, sur le média d’opposition Meduza, un expert de l’OIAC met en doute cette accusation et affirme que les inhibiteurs de la cholinestérase se fixent sur la cholinestérase et restent ainsi dans le corps plus de trois à quatre semaines. Donc, en gardant moins de deux jours Navalny, les médecins russes n’ont pas cherché à cacher quoique ce soit, contrairement à ce qu’affirment des journalistes incultes.

-Merci, Jacques BAUD, de ces informations fort intéressantes dont la suite sera publiée dans le prochain sujet de ce blog. En attendant, je relève que vous citez en référence Meduza, le média d’opposition qui appartient à Mikhaïl Khodorkovsky, « le plus célèbre prisonnier de Russie » comme le rappelle cet article récemment paru et dans lequel est exposé le programme politique de Khodorkovsky. Cette source médiatique dont vous usez ici à plusieurs reprises est du plus grand intérêt en ceci qu’elle indique à quel point la situation politique est autrement plus complexe que celle que nous vendent nos journalistes et leurs habituels experts.

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Entretiens avec Jacques BAUD, la guerre d’influence et la désinformation, 3e partie.

-Jacques BAUD, vous revenez sur la gestion de la pandémie due au coronavirus pour évoquer les liens entre monde politique et monde médical. A titre d’exemple, vous citez le cas du vaccin russe. Merci de nous expliquer en quoi vous le considérez victime de désinformation.

Jacques BAUD: -En Occident, la crise de la CoViD engendre un mécontentement généralisé. Les gouvernements se sont montrés totalement incohérents : ils accusaient la Chine de cacher l’épidémie, mais n’en ont tiré aucune conséquence sur leur propres préparatifs. Par la suite, incapables de formuler des stratégies d’action et trop arrogants pour s’inspirer du modèle chinois, leurs réactions ont été des suites de va-et-vient stériles, voire destructeurs.

Le monde médical s’avère incapable de respecter sa déontologie et se fait la voix des gouvernements et de leurs errements. Les déclarations de médecins sur l’utilité (ou non) des masques et des confinements (ou non), sur les mutations (ou non) du virus, etc. n’ont fait que susciter la méfiance et ouvrir la porte au complotisme.

Pour paraitre maitriser la situation, les dirigeants européens utilisent plusieurs recettes. La première est vieille comme le monde : créer des ennemis extérieurs. La Chine et la Russie, héritières de régimes autoritaires sont des cibles idéales. La Chine a été la première touchée par le virus.

Mais la Russie a été touchée très tardivement comme le montre le graphique placé en illustration de notre entretien.

En mars 2020, la presse occidentale affirme que la Russie « court au désastre » et prédit son effondrement, tandis que le chercheur Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe, affirme que « sans doute y a-t-il comme partout ailleurs une sous-estimation des cas » : c’est un mensonge, car il n’en sait rien. En fait, après avoir rapidement mis en place des mesures de prévention et des structures de traitement, la Russie présente un taux de létalité très faible. Rappelons qu’au 27 décembre, la Russie a deux fois moins de cas et trois fois moins de morts par habitants que la France !

Après l’avoir accusée de mentir sur sa mortalité, on a tenté de montrer qu’elle « trichait » dans la course au vaccin. Le 16 juillet 2020, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et le Canada accusent un groupe de hackers russes, « appartenant presque certainement aux services de renseignement russes » de tenter de voler des données relatives à la recherche sur un vaccin . En fait, ces pays n’en savent rien du tout et mentent : outre le fait que le groupe de hackers APT29 n’a jamais pu être associé de manière formelle aux services russes, le fond de l’affaire est sujet à caution :

  • Premièrement, la Russie développe aussi un vaccin et le 13 juillet, elle venait de conclure avec succès la première phase de tests . Apparemment, certaines personnalités auraient même déjà été vaccinées, une information qui n’est cependant pas confirmée et probablement confondue avec les tests de la phase 2 alors en cours…
  • Deuxièmement, le Times de Londres révèle que « R-Pharm, basé à Moscou, a déclaré être convenu avec AstraZeneca, le géant britannique de la pharmacie, de fabriquer le vaccin qu’il développe avec l’Université d’Oxford ».

On ne voit pas vraiment pourquoi un laboratoire travaillant avec un partenaire britannique (et apparemment avec une certaine avance) chercherait à lui voler des données… En fait, cet incident témoigne de l’incapacité des services occidentaux à détecter l’origine des attaques informatiques …

C’est peut-être cette accusation qui a poussé Vladimir Poutine à annoncer, le 11 août, que la Russie avait développé son propre vaccin baptisé « Spoutnik V ». La désinformation occidentale s’empare de la nouvelle. Tout d’abord, on fustige l’appellation « Spoutnik », qui fait manifestement référence à un succès de la technologie soviétique ; mais en décembre 2020, personne ne s’offusquera lorsque les Britanniques baptiseront « V-Day » et les Américains « D-Day », le premier jour de leurs vaccinations, en se référant à la Seconde guerre mondiale …

Plus sérieusement, on affirme que la Russie a « validé » ou « approuvé pour utilisation » le vaccin, « alors même que les essais cliniques ne sont pas terminés » ; NBC News suggère que la Russie pourrait « sauter la phase 3 » de la procédure, tandis que Reuters affirme que le vaccin pourrait être distribué dès octobre 2020 . Donald Trump va même plus loin en imposant des sanctions aux laboratoires russes qui ont participé à la réalisation du vaccin , sous prétexte qu’ils participeraient à des programmes d’armes chimiques et bactériologiques !

On affirme que le vaccin russe n’a pas suivi les protocoles de tests habituels. C’est de la désinformation. En fait, anticipant l’attaque des médias occidentaux contre ce vaccin, les autorités russes ont établi un site web qui en donne tous les détails , mais manifestement les journalistes se sont limités à recopier la propagande américaine et des compagnies pharmaceutiques occidentales sans le consulter. On accuse Vladimir Poutine de brûler les étapes en « validant » le vaccin. C’est faux. Il a simplement dit que le vaccin a été « enregistré », afin de pouvoir mener la phase 3 des essais cliniques avec plusieurs milliers de volontaires. Le magazine Valeurs Actuelles affirme même que le vaccin serait distribué dès la fin du mois (d’août 2020) . C’est un mensonge, car le certificat d’enregistrement du vaccin (alors disponible en ligne) précise qu’il n’y aura pas de distribution généralisée autorisée avant le 1er janvier 2021 . Malgré la disponibilité de documents officiels, la désinformation se prolonge sur les plateaux de télévision en France, où des « scientifiques » affirment, sans savoir, en politisant la question. Sur France 5, le Dr Patrick Berche affirme que l’annonce de Poutine est « inadmissible », suggérant que le vaccin n’a pas été testé . Il ment : outre les détails donnés sur le site du vaccin russe (mais qu’il n’a manifestement pas lus), la revue médicale The Lancet – qui soumet ses articles à un examen par des experts avant publication – détaille la procédure de tests et juge que le vaccin est sûr et apporte une bonne immunité.

Le 28 novembre, dans l’émission « Télématin »  de France 2, Luc Lacroix, correspondant à Pékin, relativise l’efficacité de 91,4% annoncée pour le vaccin russe, car il n’aurait été « calculé que sur 39 patients », et qu’il aurait été « homologué avant la fin des essais cliniques ». La seconde affirmation est fausse, comme nous venons de le voir, et la première est un mensonge : dans un communiqué officiel du 24 novembre (en français !), les autorités russes informent que:

Le calcul de l’efficacité a été basé sur l’analyse des données concernant 18 794 volontaires ayant reçu leurs première et deuxième injections du vaccin Spoutnik V ou du placebo qui a été effectuée au deuxième point de contrôle, à savoir le 23 novembre 2020 : seuls 39 volontaires tombés malades, conformément au protocole d’étude clinique.

En novembre 2020, la firme AstraZeneca annonce que son vaccin n’aura qu’une efficacité de 62%. La cause en est son vecteur adénoviral issu du chimpanzé, qui provoque une réaction immunitaire qui nuit à l’efficacité globale du vaccin. La Russie offre alors de partager le vecteur adénoviral humain du Spoutnik V avec la firme britannique afin de sauver son vaccin… Mais les medias occidentaux restent très discrets sur cette offre et préfèrent mentir  sur les « vols de données », sur la capacité de la Russie à produire un vaccin, etc…

Mais dans ce climat de désinformation, la Chine n’est pas oubliée, et on lui reproche sa « diplomatie du vaccin ». Le 8 décembre 2020, dans l’émission « C dans l’air », le Dr Patrick Berche, membre de l’académie de médecine, affirme que la Chine n’a publié « aucune » donnée sur son vaccin . Il ment: quelques secondes plus tard, la Dr Prof. Anne-Claude Crémieux rétablit la vérité en affirmant que depuis avril-mai 2020, les Chinois ont publié les résultats de leurs travaux pour l’élaboration du vaccin et des tests. On constate donc, que même les scientifiques politisent la science à des fins de désinformation, et on s’étonne qu’ils n’aient plus de crédit !..

-Jacques BAUD, merci de vos éclairages! A toutes fins utiles, je rappelle à nos lectrices et à nos lecteurs, la liste de l’ensemble de nos 13 entretiens publiés sur ce blog.

Histoire, Politique, société, Voix

LA GUERRE D’INFLUENCE ET LA DESINFORMATION, SUITE DES ENTRETIENS AVEC JACQUES BAUD

-Jacques BAUD, dans nos précédents entretiens sur la guerre d’influence, nous nous sommes arrêtés sur l’influence, sur les mesures actives, la propagande et la censure. Aujourd’hui nous abordons la désinformation. Comment la définissez-vous au regard de la propagande, par exemple?

Jacques BAUD: -Dans le langage courant, on tend à associer les termes « propagande » et « désinformation », voir à les confondre. Or, comme nous l’avons vu, la propagande a pour objet l’accentuation d’informations (souvent justes), alors que la désinformation implique la production et la diffusion délibérée de fausses informations pour induire en erreur. Dans la hiérarchie des termes, la désinformation se situe un peu au-dessus de la propagande. En d’autres termes, on peut utiliser la propagande à des fins de désinformation : en projetant plus de lumière sur événement on peut avoir l’objectif d’induire en erreur.

Par exemple, la publicité est souvent une forme de propagande, en mettant en lumière les avantages d’un produit, mais n’a pas nécessairement pour but de tromper sur ce produit (ce qui serait illégal).

Menée au niveau politique ou stratégique, la désinformation n’est pas un geste gratuit, mais contribue à atteindre un objectif. Durant la guerre froide, nous avions deux systèmes politiques qui cherchaient à s’imposer à l’autre, par la guerre ou par la politique : l’un parce qu’il se considérait comme étant « dans le sens de l’Histoire » ; l’autre parce qu’il voyait le système communiste comme « contre nature ». C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on parlait de « guerre froide ». Aujourd’hui, la situation est très différente : les pays communistes sont devenus les chantres du capitalisme et n’ont plus comme objectif d’imposer leur « système ». Sans doute cherchent-ils à montrer leur meilleur côté, mais l’idée que la Chine cherche à « contrer et d’affaiblir le modèle des démocraties libérales et occidentales et d’imposer un modèle autoritaire et dictatorial partout », comme le prétend Isabelle Lassere du Figaro, dans « C Dans l’air », est tout simplement fantaisiste. Aujourd’hui, la Chine s’est dotée d’un outil de production à sa dimension, et cherche à l’utiliser au profit de sa croissance… exactement comme nous le faisons.

A la fin janvier 2020, le président Trump tweete :

La Chine s’est efforcée de contenir le coronavirus. Les États-Unis apprécient beaucoup leurs efforts et leur transparence. Tout ira bien. En particulier, au nom du peuple américain, je veux remercier le Président Xi !

La situation est alors rapportée par la presse de manière relativement objective.

Mais à la fin mars, le bilan des morts aux Etats-Unis et en France, rattrape celui de la Chine… Il faut trouver des explications au désastre qui s’annonce et disculper des autorités politiques et sanitaires négligentes.

Le discours officiel à l’égard de la Chine change alors totalement : la guerre est déclarée. On prétend que les autorités chinoises ont menti et minimisé l’importance de l’épidémie, notamment en arrêtant des donneurs d’alerte et en les réduisant au silence. C’est faux. On affirmera que les services de renseignement américains avaient détecté l’épidémie en novembre 2019 déjà, ce qui s’est avéré faux. Le parti Républicain élabore une discipline de langage qui affirme que « Le Parti communiste chinois a provoqué cette pandémie » et que la Chine a « prétendu que la maladie ne pouvait pas être transmise ». Le 30 mars, la très médiatique Karine Lacombe affirme que les premiers décès chinois sont survenus en décembre 2019 déjà : elle se base sur les « résiliations massives de dizaines de milliers de lignes [téléphoniques] » à Wuhan. Elle ment : le même jour, Associated Press démonte cette « fake news » dans un « fact checking », et explique qu’il s’agit de résiliations de services liés à l’arrêt de certaines activités lors du confinement. Cela n’empêchera pas d’autres « experts », comme Philippe Dessertine de répéter ce mensonge sur France 5 en novembre 2020. Le 14 avril, l’ « experte » Valérie Niquet, de la Fondation pour la Recherche Stratégique, affirme dans un article, que le virus serait apparu en Chine en octobre 2019 déjà. Pourtant le 30 mars, CNews annonçait que la « patiente zéro » aurait été identifiée et aurait eu ses premiers symptômes le 10 décembre 2019.

En fait, ces « experts » n’en savent rien, mais exploitent leur caution scientifique à des fins de désinformation. Car à la fin décembre 2019, la Chine fait face simultanément à une épidémie de grippe d’une ampleur inédite et à des cas de « pneumonie non-diagnostiquée ». Le 26 décembre, la Dr Zhang Jixian, spécialiste des maladies respiratoires, constate le phénomène, sans pouvoir l’expliquer, et donne l’alerte afin que des analyses plus poussées soient faites. Le 30 décembre, la commission médicale de Wuhan émet une alerte pour une « pneumonie non diagnostiquée » et déclenche des mesures d’urgence « de niveau 2 ». Cette alerte est relayée par le réseau américain ProMED. Ce n’est qu’après cela qu’intervient le « célèbre » Dr Li Wenliang, qui est ophtalmologue, qui transmet des extraits du dossier d’un malade et l’image de son scanner par WeChat à d’anciens collègues de sa faculté de médecine sur un forum privé, en affirmant qu’il s’agissait du SARS.

En fait, non seulement il viole le secret médical, mais ses informations sont fausses : le SARS est 20-100x plus mortel que le SARS-CoV-2, et la Chine ne compte pas encore un seul mort. Dans cette situation, les autorités chinoises ne veulent pas créer la panique : Li est interpellé (et non arrêté) et on lui fait promettre (par écrit) de ne plus diffuser de fausses nouvelles. Mais les médias occidentaux en feront une icône pour dénoncer la dictature chinoise. En revanche, la Dr Zhang – qui est la véritable donneuse d’alerte de l’épidémie – a été récompensée par les autorités chinoises.

Le 31 décembre, la Chine informe l’OMS officiellement, sans en connaitre le virus, ni ses mécanismes de transmission. Ce n’est que le 7 janvier qu’il sera identifié sous l’appellation 2019-nCov, modifiée plus tard pour celle de SARS-CoV-2. Le premier mort chinois sera enregistré le 9 janvier.

Le 1er décembre 2020, CNN publie des documents prétendument confidentiels démontrant les mensonges chinois. Le même jour, dans son journal de 12h30 la RTS affirme que « Le 10 février, la Chine annonce 2478 nouveaux cas confirmés de CoViD mais le dossier obtenu par CNN et authentifié par 6 experts indépendants révèle 5918 nouveaux cas effectivement enregistrés à cette date là ». Le 2 décembre, dans l’émission « C dans l’air », Caroline Roux présente un reportage qui reprend l’information de CNN en affichant « 2478 cas déclarés » et « 5918 cas recensés ». La RTS, et France 5 mentent : c’est de la manipulation. En fait, les documents de CNN décomposent le nombre de 5918 : 2 345 « cas confirmés », 1 772 « cas diagnostiqués cliniquement » et 1 796 « cas suspects ». Donc en annonçant 2478 « cas confirmés » (comme on le fait internationalement), la Chine n’a pas menti ! Ceci étant, à cette date (10 février) les critères pour définir un « cas » (notamment en regard des cas asymptomatiques) sont peu clairs, c’est pourquoi le 12 février le gouvernement chinois ajuste ses critères et annonce 14 000 cas de plus, démontrant qu’il n’y avait pas de volonté de cacher l’ampleur de l’épidémie.

Sur la foi des documents de CNN,  la RTS,  « C dans l’air » affirment que « la Chine aurait dissimulé des informations dès le début (…) début décembre, lorsque toute l’attention est portée sur Wuhan alors que deux ville du Hubei comptabilisent plus de malades ». C’est à nouveau un mensonge destiné à faire croire que la Chine avait déjà une épidémie de CoViD bien développée en décembre. En fait les documents de CNN ne parlent pas de CoViD, mais de l’épidémie de grippe dans les villes de Yichang et Xianning!

Ces journalistes ne sont que des propagandistes, dignes de ceux des grandes heures de la guerre froide et qui s’abreuvent des « fake news » propagées par Trump ! Car en réalité, les documents de CNN sont plus nuancés :  Au moment où le virus serait apparu pour la première fois, les documents montrent qu’une autre crise sanitaire  se déroulait: le Hubei faisait face à une importante épidémie de grippe. Selon les documents, cela a entraîné une augmentation du nombre de cas jusqu’à 20 fois le niveau enregistré l’année précédente, plaçant d’énormes pressions supplémentaires sur un système de santé déjà sollicité.

Mais évidemment, ni la RTS, ni France 24, ni France 5 ne mentionnent ce passage !… Et ce n’est qu’un échantillon des innombrables falsifications faites par nos médias, afin de suggérer que le désastre de la CoViD est le résultat d’une machination venant de Chine… ce qui – selon le prestigieux journal Lancet est loin d’être démontré à ce stade !

D’ailleurs, en avril 2020, des scientifiques honnêtes, comme Anne-Claude Crémieux, professeure à l’hôpital St Louis (Paris) et Yves Gaudin, virologue et directeur de recherche au CNRS, rappellent que la Chine n’a pas fait de rétention d’information au début de l’épidémie.

Comme on le constate, la désinformation est l’usage combiné de fausses informations (inventées), de suppression d’informations (réelles) et de la création artificielle d’intentions (complotisme)… C’est la raison pour laquelle les citoyens n’ont plus confiance dans leurs médias, ouvrant ainsi la porte à toutes sortes de théories fumeuses (complotistes) à leur tour !…

Dans un prochain entretien, nous examinerons les cas de la Russie et de l’Iran, qui sont tout aussi édifiants !

Histoire, Politique, société, Voix

La France et ses Présidents, toute une histoire… et l’Histoire!

La France et ses Présidents, toute une histoire et l’Histoire elle-même!

La veille du jour de deuil national décrété par le Président Macron en hommage à son prédécesseur, feu le  Président Giscard d’Estaing, un autre de ses prédécesseurs fait face à la justice.

Le Procureur du Parquet National Financier (PNF) requiert quatre ans d’emprisonnement pour l’ex-Président Sarkozy dont deux avec sursis.

Il nuance ainsi:

« ces réquisitions justes ne sauraient jeter un voile opaque sur l’engagement d’une vie ».

Et Le Monde de commenter: «  C’est la première fois qu’une peine de prison est requise contre un ancien président sous la Ve République. Dans l’affaire des emplois fictifs, le parquet avait demandé à l’époque la relaxe pour Jacques Chirac, qui avait été finalement condamné. ».

De quoi méditer, en ces temps covidiens auxquels doit ou tente de faire face l’actuel Président de la République française.

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Onfray,Haut-Karabagh et Covid-19

Autant le dire d’emblée, je n’apprécie pas particulièrement Michel Onfray.

Mais je souhaite partager avec vous le témoignage qu’il livrait à une journaliste arménienne après s’être rendu dans le Haut-Karabagh en novembre dernier. Sur son compte Twitter où la vidéo de l’interview a aussi été postée, les avis sont partagés.

A part le fait qu’il soit comparé de manière peu flatteuse à son homologue en chemise blanche, l’incontournable BHL, il est reproché à Michel Onfray sa partialité pro-arménienne.

Quoi qu’il en soit, certains points de ce qu’il dit sont à méditer.

Entre autre, lorsqu’il parle de guerre de civilisation, de spiritualité et de gouvernance. Pour ce qui regarde la France, il livre sa vision des Présidents depuis Charles de Gaulle et, de manière volontaire ou non, en omet deux. Il ne cite, en effet ni Georges Pompidou ni Valéry Giscard d’Estaing.

Cela dit, dans un texte que Michel Onfray a écrit ce dimanche 6 décembre aux aurores, il raconte son long combat contre le virus corona. Il y cite le Professeur Raoult, voici ce qu’il écrit:

« Mon premier mouvement consiste à joindre le professeur Raoult. Mon médecin entre en contact avec l’équipe marseillaise. Il a cru à l’hydroxychloroquine, y croit moins, voire n’y croit plus beaucoup, mais m’expose les faits: mon passé de cardiaque m’expose à un risque de mortalité induite par l’usage de ce médicament. «Torsades de pointe» est-il dit pour caractériser la mort qu’on risque en prenant cette thérapie dont on ne sait, finalement, si elle soigne ou non. Pour l’heure, je n’ai pas envie de mourir en martyr de l’hydroxychloroquine! Passer l’arme à gauche non pas à cause du Covid mais à cause du médicament censé le soigner, c’est plus d’ironie que je n’en peux ces temps-ci!

J’entre donc dans la médecine de Molière à laquelle le Covid contraint la totalité du corps médical planétaire: des antibiotiques, du zinc, de la vitamine C… »

A bon entendeur?

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Valéry Giscard d’Estaing…

Depuis l’annonce, ce 2 décembre au soir, de la mort de Valéry Giscard d’Estaing, les réactions ne manquent pas et, comme il se doit, sont très variables. A titre personnel -et je l’ai écrit sur mon profil Facebook, je retiens de l’ancien Président de la République française, l’intelligence hors du commun

C’est un constat.

Et il est partagé par nombre de commentatrices et commentateurs qui ne sont pas des plus tendres à l’égard de VGE. Autant dire, de ce constat, qu’il confirme une réalité qui n’empêche pas la critique relative à la personnalité ou au bilan politique de l’ancien Président français.

Dans le cadre de mes études de linguistique et d’analyse de discours, l’occasion m’a été donnée de travailler sur le second débat qui a opposé François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing entre les deux tours de l’élection présidentielle de 1981 tandis que le premier débat avait eu lieu en 1974.

Difficile d’oublier pareils moments où se faisaient face deux personnalités à l’envergure et à la complexité admises, cela énoncé en dehors de tout jugement d’ordre moral ou politique, je précise. Car on le sait bien, ces hommes, sont-ils les seuls, se sont arrangés avec le bien et le mal sans trop y regarder parfois.

A cet égard,  il serait intéressant de citer au moins une politicienne ou un politicien aussi vertueuse ou vertueux que son nom puisse tenir lieu d’étendard à brandir en toutes circonstances et pour rappel de conduite exemplaire.

Qu’on apprécie ou non un être, qu’on apprécie ou non sa vision du monde est légitime.

De là à dresser des procès sans appel et à diaboliser une personnalité, il y a souvent un pas qui est allègrement franchi. Le Président Valéry Giscard d’Estaing, comme n’importe lequel de ses homologues, n’a pas été un saint.

Il y a d’ailleurs fort à douter que l’on porte au pouvoir des êtres pour leurs qualités morales ou spirituelles,  sans quoi, cela se saurait …

Quant à celles et ceux qui imputent le regroupement familial au Président décédé il y a trois jours,  je les invite à découvrir ce commentaire déposé sous l’article du blog royaliste Je suis Français. Il est signé Olivier Rossi, je le cite:

«  Le regroupement familial avait été signé lors des traités internationaux sous De Gaulle et Pompidou, VGE voulait la fin de l’immigration et renvoyer certains mais le Conseil d’Etat l’a contraint à signer les décrets liés aux traités internationaux, et l’année suivante, il était revenu dessus mais coincé par les centristes. »

Et, ici ce qu’en disait Valéry Giscard d’Estaing lui-même. 

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ENTRETIENS AVEC JACQUES BAUD,LA GUERRE D’INFLUENCE ET LA CENSURE, 2e partie

– Jacques BAUD, dans notre précédent entretien sur la censure, vous avez évoqué la rencontre entre Vladimir POUTINE et Emmanuel MACRON de l’été 2019 au Fort de Bregançon et en particulier les 4 dernières minutes de la vidéo de leur conférence de presse. A cet exemple, vous en ajoutez un autre en relation avec les manifestations de Hong-Kong. En quoi, dans ces deux cas, avez-vous lu une censure?

Jacques BAUD: –Dès mai 2019, on observe un véritable phénomène de censure : les « actes » hebdomadaires des gilets jaunes n’apparaissent plus dans aucun média traditionnel français. On tente d’en cacher la gestion désastreuse. Il n’est dès lors pas très surprenant que la crise des Gilets jaunes ait révélé « une haine croissante contre les journalistes ». Ils sont alors – à tort ou à raison – perçus comme des organes de propagande du gouvernement (LCI, France 2, France 3) ou de l’establishment (BFM TV).

En août 2019, lors de sa rencontre avec Emmanuel Macron au Fort de Brégançon, interrogé sur les manifestations du début du mois à Moscou, Poutine répond à la presse :
Ce n’est pas qu’en Russie qu’il y a des événements de ce type. Ce n’est pas très commode de le dire, je suis invité ici, mais vous saviez qu’il y a eu les manifestations des Gilets jaunes et d’après nos calculs, je crois qu’il y a près de 11 personnes qui sont mortes, il y a plus de 2000 personnes qui ont été blessées. Il y a notamment des policiers qui ont été blessés. Nous ne voudrions pas… […]

Cette version sera reprise en Belgique. Mais en France, sur LCI, la traduction devient :
Ça ne se passe pas qu’en Russie. Je suis invité par le président français et je suis mal à l’aise en le disant, mais vous savez tous que pendant les manifestations des Gilets jaunes vous avez eu plusieurs dizaines de personnes qui ont été blessées. Il y avait des policiers qui ont été blessés. On ne veut pas… […]
…et sur BFMTV/RMC :
Ce genre de situation ne se passe pas qu’en Russie. Nous savons ce qui s’est passé pendant les manifestations des Gilets jaunes. On ne veut pas… […]

En fait, en France, on tente de cacher la mauvaise gestion des Gilets jaunes derrière d’autres crises : juste après la réponse de Poutine, Macron prend la parole et explique qu’en France, les gilets jaunes ont eu le droit de participer à des élections, suggérant que l’on avait refusé ce droit aux manifestants de Moscou. C’est un menteur.

Explication. Au début août 2019 à Moscou, avant les élections parlementaires à la Douma, 20 000-50 000 manifestants demandant des « élections libres », attirant l’attention des médias français. Avec des titres comme « 27 candidats exclus » (Le Figaro) ou « les autorités excluent des candidats d’opposition » (Le Monde) on suggère que les candidatures sont sélectionnées par « le pouvoir ». La BBC affirme que les candidats ont été « ignorés » et « traités comme s’ils étaient insignifiants ». C’est tout simplement faux.

En fait, il s’agit d’un problème de validation des candidatures : comme en France pour la présidentielle, les candidats doivent avoir un certain nombre de signatures pour participer. A la différence de la France (où le candidat doit avoir les signatures de 500 élus), un candidat russe hors-parti parti doit avoir celles de 5 000 simples citoyens ; ce qui ne semble pas être surhumain dans une ville de 12 millions d’habitants. Naturellement, ces signatures sont vérifiées par une commission électorale afin d’éviter les fraudes et – malgré une tolérance de 10% – certains candidats n’ont pas atteint le nombre de signatures requis. Ceux qui ont manifesté à Moscou sont les candidats déçus de groupuscules de tendances diverses, allant de l’extrême-droite à l’extrême-gauche, qui n’ont pas réussi à obtenir le nombre de signatures requis et dont certains n’ont pas même cherché à recueillir les signatures… Mais naturellement, aucun média traditionnel occidental n’explique la nature du problème !

On a donc ici la juxtaposition de deux manipulations : l’absence d’explications rationnelles, qui font apparaitre une fausse image de la situation en Russie, et une censure sur l’importance des débordements en France. Nous en pleine guerre de l’influence !

On observe un phénomène analogue avec les images de manifestations à Hong Kong, qui tournent en boucle sur France 24, pour atténuer l’image de brutalité de la répression en France même. Pourtant la comparaison entre les deux crises est parlante. A Hong Kong, entre mars 2019 et octobre 2020, on compte 2 morts, 2600 blessés (décembre 2019) et 10000 interpellations ; en France, pour une durée très proche – entre novembre 2018 et octobre 2020 – on compte 11 morts, 4440 blessés (octobre 2019) et 12000 interpellations. On constate que la « dictature chinoise » rivalise difficilement avec la « démocratie française » ! Certes, la réponse musclée de la police française s’explique par la violence des « gilets jaunes » et des « Black Block ». Mais c’est oublier qu’ils existent aussi à Hong Kong et que les manifestants y attaquent les forces de l’ordre avec des arcs / flèches et des bombes incendiaires ! Le tout financé par certains pays occidentaux. D’ailleurs, on constate que les propagandistes « pro-démocratie » de Hong Kong ne parviennent pas à trouver suffisamment d’images violentes chez eux et doivent prendre des images de la répression à Paris : les dictatures ne sont pas assez violentes, il faut aller chercher les images dans les démocraties !

C’est d’ailleurs dans cet esprit que sera proposée la loi sur la sécurité globale en novembre 2020…

Les médias traditionnels occidentaux ne sont plus crédibles : trop souvent, ils représentent – et servent – des intérêts politiques. Le problème est que cette crise de l’éthique journalistique pousse les citoyens vers des sources d’information alternatives. Depuis mai 2019, il faut aller sur des sites de médias indépendants (ou sur les médias russes) qui représentent d’autres intérêts, pour avoir des images des manifestations hebdomadaires des gilets jaunes. Cette forme de censure a donné une impulsion considérable aux médias russes, qui n’ont pas besoin « d’inventer » de fausses nouvelles : il leur suffit d’informer sur ce que les médias occidentaux cachent ! D’ailleurs, la chaine RT est rapidement devenue le premier média consulté sur YouTube ! C’est ce qui a conduit le pouvoir français – et des officines qui le servent, comme Conspiracy Watch – à définir ces sites de « conspirationnistes », afin de les discréditer. On est donc dans un cercle vicieux, qui s’alimente de défiance…

Ces problèmes prennent des dimensions tragiques dans le domaine du terrorisme, où la responsabilité des médias (occidentaux) est trop souvent minimisée… Nous en reparlerons.

Histoire, Politique, société, Voix

La guerre d’influence et la censure, suite des entretiens avec Jacques BAUD

-Notre dernier entretien avec vous, Jacques BAUD a porté sur la propagande. Dans celui de ce jour, il est question de censure. Si, selon vous, cette dernière vient en complément de la première, leur usage à toutes les deux diffère selon les régimes politiques qui y recourent. Merci de nous en dire davantage à cet égard…

Jacques BAUD: -Alors que la propagande est le fait de diffuser l’information « digne d’être propagée », la censure est le fait de bannir l’information que l’on ne souhaite pas diffuser. Elle complète la propagande et contribue ainsi à la maîtrise du contenu de l’information. Elle peut être imposée par la force ou la persuasion.

Durant la guerre froide, les pays communistes ont été de grands utilisateurs de la censure. Toutefois, contrairement à ce que l’on pense généralement, leur enjeu était moins la conservation du pouvoir (qui était assuré par tout un arsenal de mesures, dont le système du parti unique), mais plutôt au maintien de l’image du système communiste. Les partis communistes se voyaient comme allant dans le sens de l’Histoire, et étaient engagés dans une sorte de compétition (politique) avec le monde occidental libéral. La censure visait alors à gommer les aspects négatifs du système.

Aujourd’hui, la censure a gagné les pays démocratiques, mais cette fois-ci, il ne s’agit pas de « l’image du système », mais bien de la conservation du pouvoir ou d’une autorité. Car les dirigeants des pays démocratiques sont sensibles aux mouvements d’opinion et au verdict des urnes. Paradoxalement, les démocraties sont souvent plus vulnérables à l’information que ne le sont les dictatures ! Ceci ne signifie pas que des pays totalitaires, comme la Chine ou la Corée du Nord n’utilisent pas la censure ! Au contraire ! Ils le font, mais avec une finalité différente qu’en Occident : il s’agit surtout de maintenir l’image de stabilité du système, particulièrement dans un contexte de compétition économique internationale. La conservation du pouvoir ne venant ici que de manière marginale. Ainsi, Xi Jinping, à qui la Constitution chinoise – récemment modifiée – accorde un statut illimité n’a pas besoin de craindre un verdict populaire !…

Dans le même esprit, les gouvernements occidentaux tendent à déléguer l’exercice d’une forme de censure à des acteurs privés, comme les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Tweeter, Youtube, etc.). Par exemple, le fournisseur de service Slack, en Grande-Bretagne, a tout simplement fermé les comptes de clients qui avaient visité des pays sous sanctions américaines. GitHub a adopté des mesures analogues. Alors que l’internet devait être « neutre », il devient une des courroies de transmissions de la politique américaine. Il en est ainsi de PayPal, qui refuse de transmettre les paiements à des organes de presse alternatifs qui soutiennent l’Iran.

Ainsi, Google, Facebook, Le Monde, Libération, l’Union européenne ou l’Otan, proposent des « fact-checkers » (vérificateurs de faits). Mais en l’absence de critères précis et d’une méthodologie rigoureuse, ces outils deviennent une manière de stigmatiser les pensées déviantes. Le fact-checker de l’Union européenne est devenu un véritable site de désinformation dirigé contre la Russie. La méthode est assez simple : à partir d’une information glanée sur un site pro-russe, il formule une « réfutation » basée sur un autre fait, qui – souvent – n’infirme pas l’information originale, mais une information très similaire. Par exemple, le 2 août 2019, euvsdisinfo.eu épingle la version espagnole de Sputnik pour avoir affirmé que
Le président américain Donald Trump a menacé de libérer des milliers de membres du groupe terroriste État islamique capturés en Syrie, si les pays européens ne les reprenaient pas.

Euvsdisinfo.eu accuse Sputnik de déformer un tweet de Trump datant du 16 février évoquant le sort de 800 combattants de l’État islamique. Ce tweet est bien réel, mais le site européen ment, car ce n’est pas ce qui est évoqué par Sputnik : en fait, le 2 août, dans un « point-presse », Trump a bien affirmé presque mot pour mot ce que prétend Sputnik.

Ce « fact-checking » devient ainsi une forme de censure, qui génère une forme de manipulation : on définit une « vérité » de référence, souvent fondée sur des convictions plus que sur des faits, afin d’écarter les informations « non-conformes ». Paradoxalement, les « censeurs » modernes se réfugient derrière les droits de l’Homme, l’Etat de Droit ou la démocratie pour réduire la diversité politique. Car la démocratie appartient également à ceux qui sont contre elle : c’est ce qui fait sa force. Tenter d’éliminer les informations discordantes en les qualifiant de « conspirationnistes » et autres (en perdant de vue au passage la nature même du complotisme) est la preuve d’un manque de confiance en la démocratie.

Quant aux « vérificateurs de faits » automatiques des réseaux sociaux, ils ne sont pas capables de juger la substance d’une information. Ils en « décident » en fonction d’algorithmes alimentés par le comportement des utilisateurs, avec des effets pervers. Ainsi, en septembre 2016, Facebook avait censuré la Première ministre norvégienne Erna Solberg, qui avait publié la photo d’une fillette qui courait nue pour échapper à un bombardement au napalm durant la guerre du Vietnam en 1972. Le réseau social a également censuré le tableau L’Origine du Monde de Gustave Courbet, puis, en 2018, une série de peintures de Rubens. En novembre 2020, le média Bloomberg rapporte que les algorithmes de Facebook ont bloqué « par erreur » des milliers de publicités, causant même des licenciements pour certaines entreprises.

Le concours des acteurs privés à la censure étatique est renforcé par la concentration croissante des médias autour de groupes financiers proches du pouvoir. La visite de Vladimir Poutine à Emmanuel Macron au Fort de Brégançon, en 2019, nous donne un exemple frappant de censure, qui témoigne de la servilité des médias et des journalistes privés…

-Merci, Jacques Baud, d’avoir cité cette rencontre des présidents russe et français de l’été dernier qui constituera partie du propos de notre prochain entretien!

Culture, Economie, Histoire, Politique, Religions, société, Voix

La guerre d’influence et la propagande, suite des entretiens avec Jacques BAUD

-Jacques BAUD, vous nous avez proposé de traiter de la guerre d’influence de manière méthodique en nous arrêtant sur ses différents aspects. Pour rappel, ceux-ci sont:

-L’influence
-Les mesures actives
-La propagande et la censure
-La désinformation
-La mésinformation
-La fausse bannière

Aujourd’hui, nous voyons avec vous ce qu’il en est de la propagande.

Jacques BAUD: -En 1923, alors que le terme « propagande » n’avait pas les connotations d’aujourd’hui, le Larousse la définissait comme un « effort pour répandre une opinion ou une doctrine quelconque ». Il se basait alors sur son étymologie latine qui signifie « qui mérite d’être propagé ». Autrement dit, elle a pour objet des aspects que l’on souhaite mettre en évidence. En creux, on comprend que l’on ne diffuse pas ce que l’on cherche à dissimuler.

De nos jours, la définition du Larousse a perdu sa neutralité, a pris une connotation plutôt négative et est devenue : « Action systématique exercée sur l’opinion pour lui faire accepter certaines idées ou doctrines, notamment dans le domaine politique ou social ».

Techniquement, bien qu’on la confonde avec le concept de « désinformation », la propagande ne vise pas à disséminer de fausses informations, mais à éclairer positivement ou à enjoliver une réalité en diffusant des informations vraies, mais souvent partisanes. Même si l’image qui en résulte peut être faussée, elle se différencie de la désinformation en ce que son contenu est vérifiable. L’exemple des campagnes électorales est caractéristique : on cherche – assez logiquement – a faire apparaitre les candidats sous leur plus beau jour. La publicité est une forme de propagande, mais le terme reste privilégié pour les questions de nature politique.

En Occident, on distingue les propagandes « blanche », « grise » et « noire » en fonction de leur objectif :
– La propagande blanche, est la propagande faite de manière ouverte à travers des publications et dans les médias. Elle vise à appuyer et valoriser une stratégie d’action ou une position politique sur une thématique particulière. Jusqu’à la fin des années 1990, elle est essentiellement menée par des structures financées par les Etats. Il en est ainsi de Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL), créée par la CIA et le Département d’Etat américain au début de la guerre froide pour cibler l’URSS, qui opère encore de nos jours. Aujourd’hui, les médias se sont diversifiés et sont assez largement aux mains d’intérêts privés. Mais certains pays ont conservé des médias dédiés (comme France 24, TV5 Monde, France 5, Russia Today/RT, Radio-Télévision Suisse, Swissinfo ou la BBC) afin de relayer le message gouvernemental. Aux États-Unis, la propagande est articulée de manière sensiblement différente qu’en Europe, en ce qu’elle sert avant tout des groupes de pression. Dans le domaine du terrorisme, mentionnons ici les publications de l’État islamique, parmi lesquelles Rumiyah et Dabiq, qui – contrairement à ce que l’on lit dans la presse occidentale – sont davantage des organes de propagande, que de désinformation.
– La propagande grise, utilise des intermédiaires qui propagent les idées d’un gouvernement sous le couvert d’une institution ou d’un organe indépendant, sans lien apparent ou explicite avec le bénéficiaire de la propagande, afin de paraître plus acceptable. Elles sont généralement connues sous la désignation d’ « organisations de front ». Ces organisations sont souvent des organismes privés subventionnés de manière discrète (par des mandats de recherche, des publications, etc.) Parmi les dizaines d’exemples connus, mentionnons l’Investigative Project on Terrorism (IPT), basé aux États-Unis et animé par des « sionistes chrétiens » au profit d’Israël, la RAND Corporation, initialement créée et financée par l’US Air Force, ou le Royal United Services Institute (RUSI) en Grande-Bretagne. C’est le domaine des « lobbies ».
– La propagande noire, (« Black propaganda ») désigne les opérations d’influence clandestines dont l’auteur (ou le « sponsor ») ne peut être identifié. Elle est conçue et réalisée de manière délibérée par des officines des services secrets spécialisées dans ce genre de travail. Les actions de propagande noire ont le plus souvent un objectif politique déterminé, souvent très opérationnel. Historiquement, elles se situent dans le prolongement des « Morale Operations » (Opérations sur le moral) réalisées par l’Office des services Stratégiques (OSS) durant la seconde guerre mondiale, comme les opérations CORNFLAKES, PIG IRON ou SHEET IRON.
Durant la seconde guerre mondiale, la plus grande partie de la propagande noire à destination du 3e Reich était produite en Suisse par l’OSS et l’Office of War Information basés à Berne depuis 1942. Dès 1942, l’OSS/OWI a produit près de 400 modèles de tracts différents (imprimés en Suisse avec l’aide de dessinateurs suisses) dont certains exemples sont illustrés ci-dessous (collection de l’auteur). Il étaient ensuite disséminés en Allemagne à travers les réseaux de cheminots et de fonctionnaires postaux, et avec l’aide des services de renseignement suisses. L’avance alliée dans le nord de la France est appuyée de manière extensive avec des opérations psychologiques et, selon le rapport final de la Division de la Guerre Psychologique du commandement allié en Europe, dès la fin 1944, la Suisse fournit quelque 2000 tonnes de matériel de propagande par mois aux Alliés jusqu’à la fin de la guerre. Naturellement, le Rapport Bergier de 1998 – produit sans grande intégrité, mais avec beaucoup de mauvaise foi et d’ignorance – n’en mentionne pas un seul mot…

      

Images: Jacques BAUD, collection personnelle.

Tout cela n’est cependant que la forme la plus triviale de la propagande. Aujourd’hui, elle prend des formes plus subtiles. Par exemple, si l’on va visionner des vidéos sur YouTube, on notera sous les fenêtres de la chaine RT : « RT est financée totalement ou en partie par le gouvernement russe », alors que sous les fenêtres de la BBC ou France 24, on lit : « (BBC ou France 24) est un service public (britannique/français) ». La propagande est devenue aujourd’hui un phénomène complexe où se mêlent des intérêts parfois divergents, mais qui ont le même objet. Par exemple : le journal Haaretz affirme qu’aucun peuple n’a plus d’estime pour Trump que les Israéliens, pourtant, il semble (ce n’est pas confirmé à ce stade) que 2/3 des juifs américains ont voté pour Biden. Comme on le voit, il devient difficile de tirer des conclusions « linéaires » à partir des faits tels qu’on nous les présente. Pourtant, il y a une logique…