Voix

Russophobes en action

Plus un jour ne passe ou presque sans que l’on ait à subir le matraquage médiatique russophobe. Aucun autre terme ne peut désormais plus être utilisé pour qualifier ce qui s’énonce de la Russie dont on va jusqu’à laisser entendre qu’elle serait présidée par un despote sanguinaire comparable aux plus grands de ceux que l’Histoire ait connus.

Car c’est bien de cela dont il s’agit dans la chronique du Matin Dimanche que j’avais citée ici-même pour relever la manière dont s’informe un journaliste qui, à trois reprises nous parle d’Alexandre Navalny au lieu d’Alexeï, incapable qu’il est de s’informer correctement avant d’informer son public.

Je n’avais soulevé que ce détail tant il parle de lui-même! Or un des habitués de ce blog, « Daniel » pour ne pas le nommer, a recopié dans son commentaire ce qu’a écrit ce journaliste. Il a bien fait car l’image indiquée de sa « chronique », que je réinsère à nouveau ci-dessous, a pu ne pas être accessible faute d’avoir pu être agrandie.

Voici donc, pour qui aurait manqué ce morceau de bravoure:

« Navalny. Par Christophe Passer, journaliste.

Je crois que le moment est venu de comprendre pourquoi Alexandre Navalny nous gêne, nous autres Occidentaux. Quand je dis qu’il nous gêne, ou nous encombre, c’est d’abord face au constat que nos démocraties, ici, en Europe, affectent dans cette histoire une prudence qui est sœur tordue de la lâcheté, mais que l’on s’évertue depuis la nuit des temps à nous faire passer pour de la diplomatie habile. La réalité est crue. Primo, s’embrouiller avec la Russie nous ferait perdre de l’argent, du gaz, des positions stratégiques. Ensuite, Vladimir Poutine est sans doute un Borgia de Saint-Petersbourg corrompu, mais les Russes ont, paraît-il, besoin d’un «homme fort», ânonnent les faibles. Il serait donc indéboulonnable, et très bête de tenter de le déboulonner.

Arrêtons-nous une seconde sur cette idée de «l’homme fort» pour souligner qu’elle est une ineptie historique: de César à Trump, de Napoléon à Bokassa, du chancelier du IIIe Reich à Pol Pot, cela s’est sans exception aucune très mal terminé pour les populations concernées. Car jamais un «homme fort» ne fait au final autre chose que d’être fort, qualité vite remplacée par la violence, le mensonge permanent, l’asservissement et la mort. Parfois, c’est vrai, l’aventure des hommes hoquète, sinue, prend son temps: «Ils sont lents, les fleuves de l’histoire», écrivait Soljenitsyne dans «L’Archipel du Goulag».

Alexandre Navalny n’aurait ainsi pas la moindre chance. Et qu’en ferait-il? Il y a du vertigineux par ici à ne jamais prendre le risque de le soutenir clairement, sanctions contre la Russie ou gel de quelques milliards de ses pilleurs, au prétexte qu’on «ne sait pas trop ce qu’il pense», Navalny, beau gosse que nous avons tant envie de faire passer pour vaguement démago. N’est-il pas nationaliste, xénophobe? Ne serait-il pas «pire que le mal» de jouer un peu de démocratie chaotique contre la commode stabilité du vieux tsar? J’insiste aussi sur ce mot de vieux tsar, tant il est important de souligner que s’il fallait résumer Poutine, c’est en remarquant qu’il ne parle que du passé, d’avant, de la Grande Russie, autrefois, de son effort durant la Seconde Guerre, de la vieille Crimée, de sa place à «retrouver», de cette «catastrophe» que fut la fin de l’Union soviétique. Notre embarras, devant Navalny, vient de l’inverse: il ne parle que de l’avenir de la Russie, ce qui est moins rassurant, risqué, flou comme le danger.

Notre problème est éthique. Alexandre Navalny savait qu’il serait arrêté. Il est prêt sans doute à y laisser sa peau. Il savait aussi qu’en ne rentrant pas, il se retrouverait en déporté chic, dissident chassé au loin. C’est son courage qui nous gêne, nous fait hésiter, ou le critiquer mollement. Nous n’avons pas de courage. Nous avons peur, et pas lui. »

On ne compte plus les sommets atteints par autant de médias, je vous avais cité celui de la RTS ici. Or voici que, fidèle à sa ligne, « d’information »  de chaîne dite publique, elle nous ressert sa propagande. Dans ce « débat »du 5 février dernier qui en porte très mal le nom puisqu’il n’est qu’un entre soi où sont alignées une allégation après l’autre, tels d’indiscutables faits, parmi lesquels l’incontournable « empoisonnement » de Navalny ou encore mieux, la « peur » que cet homme inspirerait au Kremlin, l’orientation de cette chaîne publique dite « d’information » n’est plus à démontrer. Et ce d’autant lorsqu’on nomme « débat » un entretien complaisant entre une intervieweuse et ses deux collègues que rien n’oppose du tout pour dire ce qu’ils pensent de « la Russie de Poutine ». Et cela sous couvert « d’information », et cela de la part d’une chaîne publique. Gageons qu’aucune télévision d’Etat ne ferait mieux!

Quant à ce 16 février au matin, pour nous « informer » de ce qu’il en a été des manifestations de soutien à Navalny, nous retrouvons la correspondante de la RTS à Moscou, Isabelle Cornaz, celle qui « débattait » avec son collègue du journal Le Temps, Marc Allgoewer autrefois lui-même à la RTS.  Et Isabelle Cornaz de citer comme référence une dénommée Alexandra BAEVA, membre d’une ONG -donc soucieuse de droits humains en Russie- qui dit que « Le nombre d’arrestations a baissé actuellement, d’une part car il n’y a pas de grands rassemblements et d’autre part parce que tous les lieux de détention administrative sont pleins. » Quelle brillante explication elle nous fournit là pour dire qu’en réalité, les manifestations de soutien à Navalny ont été très peu suivies! Quant aux « lieux de détentions administrative pleins », c’est là aussi un argument de poids quand on sait ce qu’il en est à Genève mais pas seulement, dans de nombreuses autres villes de nombreux autres pays aussi qui connaissent la surpopulation carcérale!

Vraiment, il apparaît que c’est bien trop demander à nos journaliste d’informer de manière correcte sur cet « opposant »  dont même la Géorgie, qui n’entretient pas forcément les meilleures relations qui soient avec la Russie, ne se fait aucune illusion de ce qu’il incarne comme « valeurs » ou comme « poids politique ».  Autant vous dire que ce qui est appelé « courage » par nos brillants spécialistes ne l’est pas pour autant de peuples du Caucase que cet homme a traités d’une telle manière qu’elle n’est pas prête d’être oubliée. Et ce ne sont pas les tentatives de Navalny de revenir sur ses propos qui les auront convaincus. Qu’à cela ne tienne, nos journalistes suisses romands -et bien d’autres avec eux- tous emportés qu’ils sont par leur détestation viscérale de la « Russie de Poutine », ne réalisent pas même qu’ils apportent leur caution à un homme qui diffame, qui corrompt et qui met en scène son racisme. Jusqu’où va l’aveuglement « anti-Poutine » s’il n’est pas celui d’un pays entier, nos professionnels de l’information nous en donne chaque jour la mesure.

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1 commentaire

  • Reply Daniel 16 février 2021 at 23h36

    Le tueur de cafards n’est ni le « principal opposant » au Président Poutine, ni même un opposant. C’est un agent de l’otan, de la cia et du mi6.

    Les journalistes sur ce sujet mentent comme ils respirent.

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