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Quand les assoiffés de propagande anti-russe confondent Pouchkine et Poutine

Il n’est pas rare que des personnalités du monde de la culture soient récupérées par les tenants d’un pouvoir de quelque obédience soit-il. L’Histoire et l’actualité ne manquent pas d’exemples à cet égard. Mais dans le cadre de guerres d’influence que se livrent les puissances, grandes ou moins grandes, se maintenir à l’écart de pressions qui s’exerceraient reste possible.

Ainsi peut-on demeurer attaché à défendre des valeurs humanistes, en dehors de toute référence à une politique gouvernementale quelconque. L’aspiration à privilégier la dimension universelle de l’être est l’une des principales raisons qui motivent mes interventions ici ou ailleurs.

Or, vous l’aurez lu hier sur ce blog, j’ai découvert que lire l’extrait d’une oeuvre d’Alexandre Pouchkine à la demande de l’Ambassade de la Fédération de Russie pour célébrer la Journée de la langue russe a suffi à prouver mon activisme au service de Vladimir Poutine.

Cette perception de ma lecture a été, en tous les cas, versée à l’appui du bien fondé de ma présence, en bonne place même, dans un ouvrage très remarqué et salué par nos médias, je veux parler du livre de Cécile Vaissié, « Les Réseaux du Kremlin en France ».

Ces 19 et 20 mai à Paris, se sont déroulées les audiences du procès en appel qui nous oppose, quatre plaignants et moi-même à l’auteure de ce livre et à son éditrice qui ont, elles aussi, interjeté appel du jugement de première instance prononcé le 14 juin 2019 et rendu public par plusieurs médias parmi lesquels, Le Monde, LibérationSputnik pour ne citer qu’eux.

Ce que m’ont appris les procédés de la défense, qui n’a pas hésité à détourner le sens d’une activité culturelle au profit d’une participation à un programme de propagande en faveur du Kremlin, s’est ajouté à ce que j’ai dû lire des pages que me consacre l’auteure de ce livre contre laquelle j’ai porté plainte pour diffamation.

Parce qu’arriver à pareil mélange des genres, c’est être mû par tout le contraire d’un quelconque souci d’honnêteté intellectuelle. C’est être saisi de forces obscures qui ne visent qu’à briser. C’est se prévaloir de titres universitaires pour humilier, mépriser et salir, c’est, en définitive déshonorer l’académisme dont se réclame l’auteure de cet ouvrage.

Mais cet académisme, justement, est-il vraiment toujours au fait des personnalités qu’il décore, on peut en douter.

En 2017, l’Université de ma ville, Genève, a décerné le titre de Docteure honoris causa à une femme qui, au début de ses activités de journaliste en ex-URSS, n’a pas hésité à dresser les louanges d’un personnage qui n’a rien à envier à un Vladimir Poutine dont on dit pourtant le pire qui soit.

Je veux parler ici de Félix Dzerjinski, vous savez, celui qui a créé la Tchéqua, devenue le KGB et désormais le FSB. Oui, ce fameux KGB dont ne se repaît jamais assez de dire que le Président russe en a été membre. Ce KGB qu’on brandit comme l’arme absolue pour dire tout ce qu’on pense de qui en a été membre.

Étonnamment, on s’arrange pour oublier cet article écrit par Svetlana Alexiévitch, article écrit à la gloire de Félix Dzerzhinski. Article si élogieux d’un homme dont la cruauté a pourtant été relevée. Un homme que cette femme de lettres a, sans l’ombre d’un doute ou d’une hésitation quelconque, porté aux nues.

Pourquoi n’en parle-t-on jamais dans nos médias?

Pourquoi tous ces fouineurs d’archives et de réseaux sociaux n’ont-ils jamais mis la main sur ces lignes signées du nom de la lauréate du Prix Nobel de littérature 2015? Et comment celles que je lui ai adressées et dont il m’a même été reproché le « Avec respect » qui les conclut, ont-elles pu autant effarer l’auteure du livre « Les Réseaux du Kremlin en France »?

Parce que l’humanisme n’est plus lisible. Et parce que c’est cet humanisme qui a inspiré ma lettre ouverte à Svetlana Alexiévitch.

La guerre en Ukraine a déchiré des familles. Le deuil d’êtres chers a anéanti le coeur d’autant de Russes que d’Ukrainiens tandis que la fraîchement déclarée Prix Nobel de littérature 2015 a déclaré des premiers que, pour 86% d’entre eux, ils riaient quand on mourait dans le Donbass.

Oui. C’est ainsi qu’elle s’est exprimée et a outragé les Russes.  Et ce sont ces termes précis qui ont motivé ma lettre, lettre  qui lui a été transmise par feu le journaliste Arkadij Beinenson qui l’a traduite en russe.

Madame Alexiévitch, en retour, lui a fait savoir qu’elle n’avait rien à ajouter.

Culture, Politique, société, Voix

Comment transformer une lectrice de Pouchkine en vulgaire propagandiste

Si soucieuses d’alerter du danger que représente le Kremlin et ses « réseaux », les personnes mobilisées à cette fin usent de procédés particulièrement remarquables. En voici un exemple.

Il s’agit d’une vidéo dont une capture d’écran a été saisie à partir du compte Twitter de l’Ambassade de la Fédération de Russie à Berne, l’image devant confirmer mes liens à « la Russie de Poutine ».

En réalité, c’est le comportement dévoyé de ces fins limiers qui se révèle.

Car tout comme d’autres de mes compatriotes, telle Marion Graf, j’ai été sollicitée par l’Ambassade de la Fédération de Russie pour participer à la Journée de la langue russe, organisée chaque année lors de l’anniversaire d’Alexandre Pouchkine.

C’est une tradition à laquelle j’avais déjà été conviée à contribuer début juin 2014.

Et je suis émue d’honorer une langue, une littérature et une culture que j’ai étudiées à l’Université de Genève et que je prise pour les richesses dont elles ne cessent de nourrir mon être le plus profond.

Et voici que ce que je compte de si précieux est trahi de la plus vile manière par qui veut convaincre des liens que j’entretiendrais avec le Kremlin.

Parce qu’on me croit lire Pouchkine dans les salons de l’Ambassade de la Fédération de Russie alors que j’ai dû réaliser la vidéo seule chez moi, le contexte sanitaire y obligeant.

Avec pareille interprétation, on ne touche pas le fond de la pensée toxique. On s’y noie sans rémission.

Politique, société, Voix

A propos de l’appel lancé sur mon blog ce 6 mai dernier

Le 7 mai dernier au soir, Frédéric Saillot, responsable du site Eurasiexpress me téléphonait. Il avait lu le sujet de blog que j’avais consacré, la veille, à l’interview que le journaliste russe Dmitri Skorobutov avait accordée à son confrère Bernhard Odehnal et qu’avait publiée la Tribune de Genève.

Frédéric Saillot me demandait si je connaissais Bernhard Odehnal, je lui ai répondu que non, qu’il n’était pas d’ici mais qu’en prenant contact avec la rédaction du quotidien genevois, il pourrait sans doute entrer en relation avec lui et, qui sait, avec le journaliste russe réfugié en Suisse aussi.

Aujourd’hui, je découvre cet interview que Dmitri Skorobutov a accordée à Frédéric Saillot.

Même si le responsable du site Eurasiexpress ne le précise pas en introduction à son entretien avec Dmitri Skorobutov, c’est bien après avoir lu mon sujet de blog qu’il a été alerté par l’interview du journaliste russe publiée dans la Tribune de Genève et d’ailleurs également dans le Tages Anzeiger.

Pourquoi souligner ce détail? Parce qu’en ces 19 et 20 mai se déroulent à la Cour d’appel de Paris, les audiences du procès pour diffamation qui m’oppose, avec quatre autres plaignants, à Cécile Vaissié et à l’éditrice de son ouvrage « Les Réseaux du Kremlin en France ».

Pour la prétendue membre que je serais de « Réseaux du Kremlin », se pencher sur le sort d’un journaliste russe qui a « fui Poutine sur les bords du Léman » comme le mentionnait l’intitulé français de l’interview de Bernhard Odehnal paru en allemand dans le Tages Anzeiger sous le titre « Der Journalist der vor Putin in die Schweiz floh », a quelque chose de plutôt piquant…

Culture, Histoire, Politique, Religions, société, Voix

Mesdames et Messieurs les journalistes, merci de vous informer avant d’informer!

On n’a pas fini d’apprendre ce qu’est l’Ukraine au chevet de laquelle se penche cet Occident dont on sait toute la considération qu’il voue au grand voisin de celle-ci, la Russie. Donc on s’arrange non seulement avec l’Histoire et la Géographie comme cela a été vu hier ici-même mais avec la Religion orthodoxe.

En effet, tout comme l’Ukraine a été décrétée « berceau du monde slave » par Monsieur Schaller dans l’émission qu’il présente sur la Radio Télévision Suisse (RTS), il a été dit par sa consoeur un peu plus tard dans ce même Géopolitis, que Kiev serait le « berceau de la religion orthodoxe ».

A noter qu’Anne Delaite, de la RTS n’est pas la seule à voir des berceaux de l’orthodoxie à tel ou tel endroit. Une autre journaliste, originaire pour sa part de Bosnie-Herzégovine, considère que le Monastère de Tvrdos est, le  « berceau de l’orthodoxie ».

En somme, Byzance rebaptisée Constantinople, n’a jamais existé…

Pour rappel, c’est en l’an 988 que le prince de Kiev, Vladimir, se convertit au christianisme après avoir épousé une princesse byzantine.  Et c’est en 1054 que se produit le schisme entre le catholicisme et l’orthodoxie. Deux dates essentielles à connaître avant de voir un « berceau de l’orthodoxie » ici ou là…

Quant à l’image reprise ci-dessus en capture d’écran pour illustrer ce sujet, image qui s’affiche à l’écran tandis que Madame Delaite commente: « Kiev est le berceau de la religion orthodoxe avec le Monastère de Lavra situé ici, au bord du Dniepr », cette image montre La Laure de Pechersk de Kiev de son vrai nom.

Que recommander à nos journalistes?

Au moins de s’informer avant d’informer un public qui a droit au respect en retour de la confiance qu’il ose encore accorder à ses médias. Sauf à ce qu’Histoire, Géographie et Religion soient destinées à se mouler dans des formats préfabriqués au profit d’une propagande politique.

Culture, Histoire, Politique, société, Voix

Ces perles de culture médiatico-politique qui s’ajoutent les unes aux autres…

« Cette Ukraine, berceau historique du monde slave »…

C’est en tous les cas ce qu’estime le présentateur de Géopolitis dont il a été question hier déjà sur ce blog lorsqu’en introduction de son émission il déclare:

« C’est avec Isabelle Façon, directrice adjointe de la Fondation pour la recherche stratégique et spécialistes des politiques de sécurité et de défense russes que nous analyserons les signaux inquiétant venus de cette Ukraine, berceau historique du  monde slave ».

Soyons claire, chacune et chacun de nous a des lacunes en nombre de domaines!

Mais quand on présente une émission grand public, s’informer au préalable, est-ce si difficile? Cela rappelle, d’ailleurs, comment deux éminents confrères de ce journaliste suisse ont tout simplement confondu Alexandre avec Sergueï dans leurs propos sur Alexeï Navalny.

D’accord, les médias seraient sous pression, leurs rédactions ne disposeraient ni de temps ni de moyens financiers suffisants à  transmettre des informations dignes de ce nom. Mais enfin, le personnel de ces institutions se retrouverait-il donc à ce point acculé qu’ils soit obligé de dire n’importe quoi plutôt que de s’abstenir?

La conscience d’exposer son inculture et, de fait, une forme d’incompétence à partager en public lui ferait-elle à ce point défaut?

On serait presque tenté de plaindre autant de journalistes si, à l’ignorance qu’ils affichent ne s’ajoutait la propagande qui ne dit pas son nom et la très mauvaise foi. Car enfin, les peuples slaves ont une histoire! L’Ukraine a une histoire! Mais non, on en fait l’impasse pour une formule qui n’a aucun sens: « cette Ukraine, berceau du monde slave »

Plus tard, toujours dans cette même édition de Géopolitis, une voix féminine revient sur les événements du Maïdan et parle d’« un clivage entre deux Ukraine, l’une tournée vers l’Europe, l’autre fidèle à la Russie ». Ca ne s’invente pas ou plutôt si! On invente une Europe qui exclut la Russie.

Que l’Histoire et la Géographie soient gommées au profit de formulations aussi erronées qu’abusives révèle une fois encore l’orientation politique de cette chaîne d’information pourtant dite publique.

Culture, Economie, Histoire, Politique, Voix

En ce 9 mai, jour de commémoration de la victoire soviétique sur l’Allemagne nazie, la RTS, fidèle à elle-même

En ce jour de commémoration de la victoire remportée par les Soviétiques sur l’Allemagne nazie, notre chaîne publique d’information RTS ne trouve rien de plus approprié à diffuser qu’une émission dont le seul intitulé dit à peu près tout:

« Ukraine, l’ombre de Poutine ».

L’objectivité est d’emblée là, on l’a compris. Et dans le décompte des victimes de cette guerre fratricide, c’est également le souci d’informer qui domine:

« Une trentaine de soldats ukrainiens tués depuis le début de l’année qui viennent s’ajouter aux 14 mille victimes du conflit »

Mais qu’est-ce que cela veut dire?

Et pourquoi Monsieur Schaller, présentateur de l’émission donne-t-il du « Président Biden », certes une fois aussi du « Biden » mais toujours du « Poutine » pour son homologue russe? L’a-t-il fréquenté sur les bancs d’une quelconque école qu’il se permette cette familiarité?

On a aussi droit à un « Président Zelenski » de la part de la spécialistes invitée de l’émission.

Exprimer le sentiment qu’inspire une personnalité n’empêche pas de garder les formes. Cette habitude de nommer un Président par son seul nom de famille n’est, certes, pas le seul fait de ce journaliste et de son invitée, cela s’observe un peu partout.

Pourquoi, au moins, ne pas mentionner prénom et nom, ce serait déjà un brin plus élégant.

A part cela, on a à nouveau droit à la version falsifiée de l’affaire tchèque dont il a été question ici avec Jacques BAUD qui en sait un peu plus que notre présentateur de Géopolitis puisqu’il a travaillé sur le sujet à l’époque.

Tout autant êtes-vous invité(e)s à apprécier la fine analyse que Jacques BAUD a partagée avec nous ici sur les relations entre Ukraine, Turquie et Russe qui vous orientera de manière un peu plus subtile que ce qui est énoncé dans cette émission du 9 mai..

Pour le reste, aux renvois des téléspectateurs et téléspectatrices de Monsieur SCHALLER à France-Culture, et France 5 dont on sait combien les invité(e)s sont représentatifs d’opinions variées, on mesure l’entre soi!

Tous d’accord ou peu s’en faut…

Vraiment, bravo, notre RTS dite chaîne publique d’information ne manque pas une occasion de nous démontrer son objectivité et d’honorer, ainsi, la neutralité de la Suisse!

Culture, Economie, Politique, société, Voix

Journaliste russe réfugié en Suisse: de la lourdeur de l’épreuve au récit médiatique qui en est rendu

Le sort de ce journaliste russe dont il a été question ici a alerté plusieurs rédactions occidentales et russes avant de trouver sa place dans les colonnes de la Tribune de Genève. Fin décembre 2017 déjà, Le Monde en rend compte, un peu plus d’un an après, en février 2019, Radio Svoboda, quelques mois plus tard, en juin Le Soir et en juillet,  Solta.

De cette affaire, les versions rendues selon les médias diffèrent. La Tribune de Genève met l’accent sur « Poutine » que le journaliste aurait « fui », Le Monde, sur les pratiques au sein de la rédaction de la chaîne de télévision russe où travaillait Dmitri Skorobutov, Le Soir, sur la propagande mensongère du Kremlin, bref, chacun y va de ses habituels slogans alors que l’affaire est autrement plus complexe.

Il faut lire ce que rapporte le site russe Solta, pour les non russophones, Google traduction peut aider. Là, vous apprendrez bien d’autres détails de l’affaire dans le cadre de l’interview qu’accorde à ce média, Dmitri Skorobutov. Vous comprendrez mieux le combat judiciaire qu’il a mené. Certes, il a été long et semé d’embûches mais pas vain. Et certes, il a perdu son poste qu’il a occupé 15 ans durant.

Mais son homosexualité n’a pas constitué, pour lui, d’obstacle pour accéder à d’ importantes responsabilités. Ses compétences professionnelles se sont exercées au plus haut niveau, occuper le poste de rédacteur en chef des informations sur l’une des chaînes sinon la chaîne la plus regardée de Russie ne se confie pas au premier venu.

Et puis, en août 2016, il s’est fait agresser par un de ses collègues et, plutôt que de garder le silence, il a voulu porter l’affaire en justice. Il a connu nombre d’épreuves et d’obstacles avant d’obtenir gain de cause. La chaîne de télévision qui l’avait licencié a dû l’indemniser et son agresseur a été condamné.

On conçoit d’autant son sentiment de chute vertigineuse alors que son audience était de près d’une quinzaine de millions de téléspectateurs. Passer d’un tel statut de notoriété à celui de réfugié qui ignore comment il va terminer le mois n’a évidemment rien de réjouissant et c’est peu dire.

Maintenant qu’il est en Suisse, seul, qu’il a tout de même pu alerter sur ce qui lui est arrivé, souhaitons-lui, encore une fois, que ses confrères lui viennent en aide et ne se satisfassent pas de récupérer cette affaire selon leurs habituels créneaux de communication. Eviter de tout mélanger serait-il trop demander?

Car des problèmes de licenciements, des suites judiciaires interminables et humiliantes ne sont la marque d’aucun pays en particulier. Pas davantage non plus, la gestion des informations qui doivent ou non être présentées.  Les journalistes honnêtes qui ont connu la sélection d’information par leurs rédactions vous le diront. La Russie n’est pas une exception.

Aussi, faire la part des choses entre l’approche humaine d’une situation telle que celle de Dmitri Skorobutov et son exploitation médiatico-politique serait-il bienvenu!

Politique, société, Voix

Un journaliste russe réfugié en Suisse, quelle aide lui apportent nos médias?

La Tribune de Genève publie un article sur le sort d’un journaliste russe. L’article est signé Bernhard Odehnal, il décrit les conditions de travail de son confrère et comment, pour différentes raisons qu’il énonce, l’homme s’est senti menacé et a craint pour sa vie.

Se sentant être « devenu paria », il a suivi le conseil d’un ami « haut placé » qui lui a recommandé de quitter la Russie. Dmitri Skorobutov « s’adresse à plusieurs ambassades occidentales pour décrire sa situation et demander un visa. La Suisse a été la plus rapide. »

Quelles que soient les motivations qui poussent à l’exil, il reste toujours douloureux et difficile. En l’occurrence et à lire ce que ressent ce journaliste, il l’est. L’homme ne trouve pas de travail et ne sait pas s’il mangera à sa faim avant même qu’un mois ne s’écoule.

Cet article de Bernhard Odehnal devrait sensibiliser nombre de confrères de Dmitri Skorobutov qui ne ménagent jamais leur peine pour dire ce qu’ils pensent de « la Russie de Poutine »! Je n’en suis pas la défenderesse ni la détractrice non plus, j’ai expliqué ce qui me lie à la Russie.

J’estime qu’au lieu de publier articles après articles pour déplorer la politique du Kremlin, aider cet homme et l’engager serait une manière idéale de mettre en pratique l’humanisme dont se réclament tant de journalistes et leurs rédactions!

Montrer à Dmitri Skorobutov qu’il n’est pas seul, lui proposer un emploi qui lui donnerait le sentiment de ne plus côtoyer la misère matérielle et morale aurait de l’allure! Un peu plus que de se satisfaire d’écrire sur « la Russie de Poutine ».

Et qu’on ne lise aucune ironie dans mon propos.! Mais juste un appel à la concrétisation de principes et de valeurs qu’on ne manque jamais une occasion de revendiquer pour juger qui en serait privé, par exemple, cette « Russie de Poutine »…

Culture, Histoire, Politique, société, Voix

Réflexions en marge d’un discours dominant sur la Russie

Hier, j’ai évoqué cette proximité voulue par le calendrier des célébrations des Pâques orthodoxes et de celles de la Fête du travail. J’y ai été sensible car ces deux événements se sont succédé alors qu’ils renvoient à des valeurs et à des temps bien distincts.

J’ai connu la Russie soviétique, j’ai découvert la Fédération de Russie. Et si j’ai sans cesse tenu à dire l’amour que je porte à la Russie, c’est qu’il dépasse les époques qui marquent son Histoire.

Mais allez le faire comprendre à qui s’évertue à prétendre aimer la Russie mais pas « la Russie de Poutine »!

J’estime, pour ma part, qu’il ne nous appartient pas de nous exprimer sur un sujet qui concerne en premier lieu les Russes. Et qu’un Président qui jouit d’une cote de popularité d’au moins 60 % n’est sans doute pas perçu de la même façon par les siens que par autant de nos « expert(e)s ».

Mais bon, il semble que ces « spécialistes » se sentent investi(e)s d’une telle mission qu’elle leur accorde toute latitude à se prononcer comme si, au fond, le peuple russe n’en avait plus les moyens, brimé qu’il serait par un pouvoir qui le priverait de tout jugement.

Jusqu’à nouvel avis, le peuple russe n’est pas plus débile qu’un autre. Pour qui se prennent ces personnes à parler en son nom? Et à traiter toute autre qui ne partagerait pas leur courte vue, d’idiot ou d’idiote utile quand ce ne serait pas de « troll du Kremlin »?

Quelle suffisance, quelle arrogance de la part de ce qui est présenté ou se présente comme « élite » pour imposer ses conceptions et les inoculer chaque jour au plus grand nombre grâce aux services bienveillants de médias!

Jamais je ne me suis portée au secours d’un régime politique quelconque.

Mais je refuse la malhonnêteté intellectuelle de tant de personnalités qui déforment les faits dont elles rendent compte. C’est exactement dans ce sens que je me suis adressée à une Nobel de littérature.

Car, par ses mensonges, elle outrageait.

Il nous arrive à chacune et à chacun de nous emporter. Le reconnaître n’est pas interdit. Cette femme aurait-elle un seul instant admis ses errements? Jamais.

Histoire, Politique, Voix

Relations entre Russie, Turquie et Ukraine, deux questions à Jacques BAUD

-Dans un article paru sur le site Geopragma  Renaud Girard livre une curieuse appréciation des relations entre les présidents russe, turc et ukrainien. Il semble que cela soit un peu plus complexe quil ny paraisse et que chacun joue sa partition, quen pensez-vous?

Jacques BAUD: Cet article reflète d’une part le regard ethnocentrique – pour ne pas dire carrément « franchouillard » – que la presse française porte sur les événements hors de l’Hexagone, et d’autre part, sa conformité servile avec la vision gouvernementale… un peu comme la « Pravda » ! Ce qui ne correspond pas à nos attentes et ne se plie pas aux décisions irréfléchies de dirigeants occidentaux incompétents, devient ipso-facto « anti-occidental »… et quand ce n’est pas le cas, on arrange les faits pour que cela le devienne.  Ainsi, lorsque Renaud Girard affirme que la Russie « frappée de nouvelles preuves l’incriminant dans l’explosion d’un dépôt de munitions tchèque en 2014 », soit il a des informations plus secrètes que les miennes (pas impossible), soit il est (comme d’autres) profondément malhonnête et manque totalement d’intégrité.

Le président de la République tchèque Miloš Zeman constate, lui, – comme moi – que durant 6 ans, personne n’a évoqué d’agents russes liés à cette explosion et que le rapport des services secrets (BIS) « indique qu’il n’y a aucune preuve ou témoignage de la présence de deux agents russes sur le site »… 

Tout d’abord, ni la Russie ni la Turquie ne cherchent à faire « une alliance anti-occidentale », mais tentent de préserver leurs intérêts, comme l’Ukraine, devenue victime de l’Occident. 

• Zelenski est demandeur. Il a été élu sur un discours plus modéré à l’égard de la Russie, mais sa liberté de manœuvre est limitée, car les Occidentaux veillent. Son économie n’est pas « taillée » pour le marché européen, et l’Euromaïdan s’est traduit par un appauvrissement de l’Ukraine, dont le système n’est ni viable, ni réformable. C’est d’ailleurs pour cette raison que le projet Nord Stream 2 les perturbe : le gaz russe ne passera plus par leur territoire : les oligarques ukrainiens ne pourront plus le détourner à leur profit et ils devront le payer plus cher. C’est le même phénomène avec les pays baltes qui ont voulu interdire le transit de la Russie vers la Baltique par leurs ports. Résultat : la Russie fait passer tous ses échanges par Königsberg et les ports baltes ont vu leur chiffre d’affaire chuter et les pays vendent leurs matériels ferroviaires au prix de la ferraille… 

• Erdogan peut jouer un rôle de « pont » en soufflant le chaud et le froid : il achète des S-400 aux Russes et vend des drones aux Ukrainiens. Cela lui donne une ouverture auprès des deux pays et une stature régionale qui pourrait être utile à la fois aux Russes et aux Ukrainiens. Pourquoi achète-t-il des S-400 russes ? Tout simplement parce qu’il veut un système de défense aérienne qui ne soit pas intégré à l’OTAN et donc activé ou désactivé selon les décisions de Washington. Il se rappelle que les Américains lui ont « tiré dans le dos » en intervenant en Irak en 2003 contre l’avis de la Turquie, qui avait anticipé la déstabilisation régionale qui a suivi et dont elle subit les conséquences. D’ailleurs, le « timing » (je ne parle pas du fond) de la décision de Biden pour reconnaitre le génocide arménien illustre l’incohérence occidentale pour calmer les esprits : sans vraiment pousser Erdogan dans les bras de Poutine, on le tient à distance !…

• Poutine est en position de force. L’Ukraine sait que son armée (même conseillée par des officiers de l’OTAN) n’est pas en mesure de reprendre le Donbass. Elle a donc entrepris de renforcer ses préparatifs d’attaque dès février 2021, afin de provoquer une intervention russe, qui aurait contraint les Occidentaux à s’impliquer. Cette tentative a échoué : personne ne veut, ni n’a intérêt à s’engager dans un tel conflit. Les Russes ont saisi l’occasion pour effectuer un exercice et prépositionner des équipements en cas de nécessité, puis se sont retirés. Sans les Américains et les Français, l’Ukraine reprendrait certainement un dialogue avec la Russie : Poutine et Zelenski le savent. Avec la Turquie, Poutine a des intérêts communs, notamment en matière de sécurité dans la région du Caucase, mais aussi en Syrie, où la création d’un Etat kurde (dominé par le PKK – mouvement terroriste – soutenu par la France, et non par la Russie) constitue une menace pour la Turquie. Par ailleurs, l’ostracisme contre la Russie la pousse vers la Chine, ce qui lui donne plus de liberté d’action par rapport à ses partenaires économiques traditionnels en Europe de l’Est. Au lieu de renforcer le « pôle occidental », c’est le « pôle asiatique » qui se renforce.

En fait, les grands perdants à moyen et long terme sont les Européens : ils perdent un marché russe prometteur et doivent supporter seuls le délabrement économique des ex-pays de l’Est rongés par la corruption. Ainsi, l’Ukraine est devenue un puits sans fond pour l’UE. Et la corruption y a augmenté de 30% depuis 2014… en partie grâce à Biden !… J’ai participé à un programme de l’OTAN  de lutte contre la corruption en Ukraine… auquel l’OTAN elle-même ne croyait pas… c’est tout dire !

Quant au partage de la Libye entre la Turquie et la Russie, c’est tout simplement de la propagande. Après avoir mis sur pied un gouvernement islamiste à la solde des Frères Musulmans, la France s’est empressée de le « lâcher » et de soutenir le général Haftar, mis en place et soutenu par les États-Unis. Renaud Girard, dans l’article que vous citez, est d’ailleurs bien ingrat envers les militaires français morts pour Haftar et oublie commodément que la France ne respecte pas le droit international pour lui fournir des missiles ultramodernes ! A l’inverse, qu’on le veuille ou non, la Turquie est restée fidèle à ses engagements envers le gouvernement de Tripoli. Quant à la Russie, malgré les rumeurs de mercenaires russes, elle ne s’est jamais prononcée en faveur de Haftar, et a tenté de se poser en médiatrice du conflit. 

Il y a deux leçons essentielles, ici. La première est qu’il ne faut pas regarder cette « crise » (ou ces crises) en noir/blanc. Soit Poutine, soit Erdogan la gèrent avec plus de finesse qu’il n’y parait. Le triangle « les amis de mes amis sont mes amis » fonctionne bien, mais dès qu’on y introduit un « ennemi », le système devient ingérable pour un occidental… mais pas pour un oriental !… Ce qui apparait comme un revers pour un esprit simple, penche plutôt en faveur de Poutine pour un esprit averti…

La seconde leçon à tirer est que les exemples ci-dessus montrent que pratiquement tous les foyers de tension viennent de trahisons, d’incohérences et du non-respect du droit international par les pays occidentaux. Je ne pense pas que le bombardement de civils au Mali soit en faveur de la population malienne, mais cela explique qu’en Afghanistan, les Occidentaux tuent plus de civils (qu’ils devraient protéger) que l’Etat Islamique !…

-Sagissant maintenant de laccueil réservé par le Président turc à son homologue ukrainien à Istanbul, peut-on y voir lexpression dun soutien à la volonté du second de récupérer la Crimée, au regard des tensions qui existent sur la péninsule avec la communauté tatare?

Jacques BAUD: Je ne pense pas qu’il y a ait une réelle tension autour de la communauté tatare ; et dans tous les cas elle n’est certainement pas plus importante que sous le régime de Kiev. En fait, c’est davantage un thème de la propagande occidentale qu’un réel problème. Tout d’abord, dès l’annexion de la Crimée, l’assemblée des Tatars de Crimée a voté une résolution en faveur d’une « autonomie ethnique » au sein de la Russie. Aujourd’hui, la communauté tatare a un statut qu’elle n’a jamais eu en plus de 20 ans avec l’Ukraine : le tatar est devenu une des 3 langues officielles de la Crimée, l’enseignement en tatar est garanti, les terrains occupés illégalement par la communauté durant la période ukrainienne leur ont été officiellement attribués et une grande mosquée leur a été construite à Simferopol. Leur sort est donc largement plus enviable que sous le régime ukrainien… Ceci étant, qu’ils soient ukrainiens ou russes, ils resteront une sorte de « bargaining chip » pour les Turcs qui continuent de voir la Crimée comme une partie de leur empire passé. 

-Merci, Jacques BAUD!