Encore une évocation?
Oui, celle de Jacques Dutronc, quitte à lasser certaines ou certains, quelle importance quand on sait que le monde, quoi qu’il en soit, ne s’arrêtera pas de tourner pour autant, avec ses joies, ses misères, sa violence sans cesse condamnée et cependant entretenue.
Johnny Hallyday n’a pas été mon idole. Mais comme pour de très nombreuses personnes, il a accompagné ma vie d’une manière ou d’une autre.
Jean d’Ormesson non plus, n’a pas été mon écrivain préféré mais déjà et sans m’expliquer comment ni pourquoi, sa présence parmi nous me manque.
Et puis, un hommage n’efface pas un autre.
C’est pourquoi, ce qui a pu être émis comme remarques sur les obsèques réservées à Johnny Hallyday n’ont en rien éliminé la mémoire de Jean d’Ormesson.
Au contraire, ces deux hommes, nés à un jour d’intervalle -certes avec quelques années de différence- et morts à un jour d’intervalle aussi, nous laissent une image de la France qui chante et qui lit.
Merci à eux, merci à tant d’autres qui savent ou ont su cultiver l’amour de la vie et l’aveu de leurs failles.
société
Bien sûr que l’on peut ricaner.
Bien sûr que l’on peut rester étranger à l’événement qui s’est produit ce matin à Paris.
Bien sûr que l’on peut moquer un hommage rendu à un chanteur.
Personne n’oblige quiconque à aimer telle ou telle personnalité.
Il n’en demeure pas moins vrai que ce qui a eu lieu, ce jour à Paris autour de Johnny Hallyday, est unique.
Qu’on en pense ce qu’on voudra, cet homme a rassemblé.
Nul besoin d’être fan de Johnny pour reconnaître l’ampleur avec laquelle il a mobilisé.
Nul besoin d’être croyant pour évoquer la bénédiction qui a rassemblé en l’Eglise de la Madeleine.
Qu’on nargue la qualité de l’émotion suscitée, son retentissement reste impossible encore à prévoir.
A toutes celles et à tous ceux qui n’ont apprécié ni Jean d’Ormesson ni Johnny Hallyday, c’est votre droit le plus strict.
Mais au-delà de vos remarques ou autres critiques relatives à ces deux personnalités désormais défuntes, vous êtes-vous demandé en quoi elles avaient été à même de susciter autant d’émotions, en terres francophones pour le moins?
Car telle est bien là la question qui vaut d’être posée tant elle vise le goût mais au-delà, l’engouement.
Le constat est indéniable et cinglant.
La France vient de perdre deux incarnations d’une culture qui plonge ses racines dans des profondeurs qui dépassent celles des années d’après-guerre.
Aussi bien Jean d’Ormesson et Johnny Hallyday comme autrefois, Edith Piaf et Jean Cocteau, tous deux décédés à quelques heures d’intervalle également, représentent-ils leur pays et tout ce qu’il implique d’humanité et d’authentiques forces transcendantes.
Les diverses conventions relatives à l’usage d’une langue sont le fait d’instances légitimées à les établir. Mais à l’observation, il apparaît que toutes sortes d’intérêts président à la manière dont on use d’un idiome quand on ne lui en substitue carrément pas un autre.
Au nom de la communication, tout est bon ou presque pour faire passer le message que l’on souhaite voir s’imprimer dans les esprits. Aussi bien et quand rien ne semble devoir barrer la route à qui veut atteindre son but, tout est bon. Agir sur la langue est une façon d’y parvenir.
Les exemples sont nombreux qui indiquent comment telle ou telle conception sémantique d’un terme est modifiée au profit de telle autre qu’on impose.
Il en avait été fait mention, ici, à propos de la race.
Il en a aussi été question au sujet de l’information que d’aucuns s’estiment livrer quand d’autres, au contraire, ne s’adonneraient qu’à de la propagande. Tel avait été, d’ailleurs, le propos de mon intervention lors de la table ronde tenue au Club suisse de la presse l’an dernier.
Or quand cette propagande qui ne s’avoue pas avance masquée sous les atours qui siéent à l’information, elle pervertit la confiance qu’elle sollicite.
Alors, si le public auquel elle s’adresse réagit, le résultat se connaît. En l’occurrence, celui du récent sondage en faveur de l’initiative suisse pour supprimer la redevance publique aux chaînes de radio et de télévision paraît le confirmer.
Ce 27 novembre, à Genève, s’est tenue une conférence au Club Suisse de la Presse (CSP) qui suscite une vive controverse.
Il a été reproché à son Directeur, en effet, d’avoir fait fi du courrier que lui a adressé la section suisse de Reporter Sans frontières, (RSF) membres du CSP pour le prier d’annuler ladite conférence.
Guy Mettan, qui dirige le CSP, se retrouve ainsi une fois de plus sous les feux de la critique pour ses liens avec la Russie.
On se rappelle comment le fait d’avoir été décoré de l’Ordre de l’Amitié avait été apprécié tant il va de soi que la Russie est un pays à peu près infréquentable, du moins celle appelée de Poutine. Parce qu’on nous précise bien, le plus souvent, que la Russie, on l’aime mais pas telle qu’elle est présidée.
Toujours est-il que l’on reste un peu perplexe face à pareille levée de boucliers contre un homme qui donne la parole à des personnalités au point de vue aussi discutable que tant d’autres qui sont débattus en démocraties, régimes politiques de pays dits garants de la liberté d’expression.
Qui oblige à être d’accord avec ce que dit Vanessa Beeley, pour ne citer que celle qui semble tant déranger RSF? Seul le débat contradictoire permet une approche aussi fine et nuancée que possible d’une situation!
De fait, c’est bien plutôt ce qui se passe sous nos latitudes où de tels a priori et partis pris abusifs veulent s’imposer, qui devrait inquiéter.
Quant à la Russie de Poutine, elle n’a besoin d’aucun soutien ni d’aucun porte-voix chez nous. Et encore moins de leçons à recevoir de la part d’autant de défenseurs de libertés qui s’empressent de mettre au pilori toute personne qui pense de manière autre que la leur.
La toute récente proposition émise à Paris par le groupe Europe Ecologie-Les Verts (EELV) en faveur de l’égalité entre hommes et femmes soulève une fois encore la problématique théorie du genre.
Car si les arguments évoqués par Joëlle Morel sont sans doute à prendre en considération, la solution qu’elle propose pour valoriser l’apport des femmes à la culture est-elle la plus opportune, cela se discute..
Le raisonnement de la députée a tout l’air de s’inscrire dans la ligne qui consiste à user de la langue pour se convaincre, ainsi, d’agir sur une réalité.
Merci à Judtih Butler qui a développé sa théorie du genre, inspirée par l’approche linguistique de John Austin, selon laquelle un énoncé peut constituer une action en tant que telle.
Aussi bien imagine-t-on qu’à féminiser à tout va, on honorera ainsi les femmes. Si c’était aussi simple que cela, cela se saurait depuis longtemps.
Quoi qu’il en soit, l’approche qu’a donnée Judith Butler aux actes de langages conçus par Austin et qu’elle a ancrée, pour sa part, dans la théorie qu’elle a développé sur le genre fait des émules.
Car si on ne naît pas homme ou femme mais qu’on le devient, alors un patrimoine peut aussi bien être un matrimoine ou, l’inverse, un matrimoine, un patrimoine.
En cette Sainte-Catherine, c’est la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes qui est à l’honneur…
En pays laïc, on le sait, les Saintes ni les Saints n’y ont plus place. Or, ironie du calendrier oblige, c’est en cette Sainte Catherine que l’on honore les femmes victimes de violences.
Que comprendre à cette soudaine considération apportée à la femme ou, sous un autre angle de vue, cette soudaine déconsidération portée à autant de comportements sexuels masculins?
Les contritions et autres déclarations de qui n’aurait pas su que tel ou tel avait abusé ou harcelé sont aussi touchantes que confondantes et risqueraient de nous émouvoir.
Au même titre, cette minute de silence sollicitée par Emmanuel Macron qui veut faire de la violence faite aux femmes la grande cause du quinquennat.
Cette manière de politiser la violence faite aux femmes avait déjà été relevée ici dans un tout autre contexte.
Si l’égalité entre femmes et hommes est réellement visée au plan international, alors la tâche sera longue et ardue au regard d’actions toujours menées par autant de fanatiques.
Ce 24 novembre, dans le Sinaï, des centaines de vies ont volé à jamais en éclat. Parmi elles, celles de femmes, d’hommes, d’enfants, sans distinction sinon de pratique religieuse.
Aux proches et aux familles d’autant de victimes de les couvrir de leurs larmes et, pour qui croit à leur puissance, de chants et de prières.
capture d’écran google
Et si, dans ces affaires de harcèlement ou d’abus sexuels et de viols, les femmes étaient les grandes perdantes?
Les encourager à parler ne prédit rien de ce qui sera fait de leurs dépositions. Raison pour laquelle tant de victimes de violences sexuelles se réfugient dans le silence ou tentent l’oubli.
Ces femmes se doutent, le plus souvent, que l’écoute qui sera éventuellement prêtée à leur parole ne changera pas grand chose à leur sort ni à celui d’autres femmes.
Or dans les affaires tant médiatisées qui visent Harvey Weinstein ou Tariq Ramadan, l’idée que l’une serait peut-être liée à l’autre ou inversement n’est pas écartée par certains commentateurs.
A observer les réactions qui entourent ces affaires, d’aucuns se demandent, alors, si les femmes qui ont dénoncé les actes sexuels que leur auraient imposés ces deux hommes n’auraient pas été utilisées
C’est dire à quel point l’arbre cacherait la forêt.
Et à quel point, la défense d’une cause serait mise en avant au profit d’intérêts bien précis et surtout bien éloignés de tant de souci éthique affiché…
Poursuite de l’hécatombe si elle en est, cette fois, c’est l’Académie suédoise qui est visée tandis qu’un des siens est dans le collimateur de #Metoo, slogan venu compléter #balancetonporc.
Du sens à donner à autant de révélations soudaines, il en a été question ici et là.
Dès lors, que le monde en lien avec la littérature nobélisée soit désormais concerné par ce qui a atteint celui du cinéma hollywoodien et celui d’un certain enseignement de l’islam ne peut manquer d’interpeller.
Et pourtant, encore une fois, autant de pratiques du désir sexuel ne tombent pas du ciel ni ne datent d’aujourd’hui, d’hier ou de temps plus ancestraux, elles existent et sont constitutives d’une certaine humanité.
L’Académie de Stockholm, Hollywood, les institutions qui ont donné la parole à Tariq Ramadan, autant d’univers culturels reconnus et portés au pinacle par qui le veut bien, en quoi auraient-ils été susceptibles d’être épargnés de prédateurs? Parce que ceux-ci ne seraient réservés qu’à des milieux définis?
L’enjeu d’une telle campagne de dénonciation, pardon, de libération de la parole, serait-il de condamner la domination et le silence auquel sont réduites les victimes, cela se saurait et aurait pu se savoir de longue date déjà.
Alors?
Il ne s’agit pas et en aucun cas, de justifier ces pratiques sexuelles abusives, bien au contraire mais de s’interroger une fois encore sur ce qui les rend soudain si publiques.
capture d’écran youtube, émission diffusée le 16.11.2009
Le choc subi par la victime d’un abus sexuel, quelque soit l’identité de son agresseur, marque à jamais pour autant que la personne ne se soit pas, entretemps, pris la vie comme cela peut se produire alors même qu’on l’avait incitée à parler.
On l’a évoqué ici, le cas de cette jeune fille, encouragée à porter plainte contre son abuseur et qui, faute d’avoir pu le supporter, a mis fin à ses jours.
Autant d’affaires intimes livrées sur la place publique suscite nombre de débats, comme si nos considérations allaient modifier le cours de ce genre d’histoires, malheureusement inscrites au patrimoine de l’humanité.
Combien de viols compte l’Histoire avec ses guerres et ses victoires à inscrire sur le corps ennemi? Combien de viols sont-ils chaque jour perpétrés, sur des hommes tout autant?
Le saccage du corps d’autrui demeure la triste constante d’une expression de puissance.
Au même titre et dans l’hypothèse où les femmes appelées à témoigner à charge contre le célèbre islamologue seraient utilisées pour briser son image, alors, ces affaires pénales ne constitueraient que la pointe d’un iceberg autrement plus glaçant encore.
